Culture | 10.07.2012

A la croisée des médias

Texte de Joëlle Misson | Photos de Joëlle Misson
Dans le cadre de la conférence "Transmédia et marketing digital", Tink.ch a rencontré Philippe Weibel, réalisateur suisse qui s'est lancé dans ces nouvelles techniques de financement et de commercialisation.
Philippe Weibel, auteur, réalisateur et producteur de "Trapped", sorti en 2012.
Photo: Joëlle Misson

La diversité et la multiplication des moyens de communication semblent rendre la réalisation d’un film beaucoup plus facile et accessible qu’avant. Pourtant, avant de se lancer dans l’aventure et pour garantir le succès, beaucoup d’aspects ne doivent pas être négligés, comme le financement ou les techniques de commercialisation (marketing).

 

Les Etats-Unis ont été les premiers à  faire connaître de nouvelles stratégies de commercialisation par l’intermédiaire des différents médias à  disposition. Il s’agit souvent de films à  budgets réduits, mais qui bénéficient malgré tout d’un succès considérable. Parmi les films à  avoir lancé le mouvement, on compte le Projet Blair Witch ou Matrix en 1999.

En Europe, ces nouvelles stratégies de commercialisation prennent de l’ampleur, sans parler de la contribution des médias sociaux dans le processus.

 

«Transmédia et marketing digital» était justement le sujet d’une conférence qui s’est tenue le 9 juillet au NIFFF. Parmi les invités, Philippe Weibel, jeune réalisateur suisse a présenté les stratégies utilisées pour son film «Trapped» sorti le 30 mai en Suisse. Rencontre.

 

Ces nouvelles techniques de commercialisation et de réalisation sont-elles un changement nécessaire dans le marché du cinéma? Pourquoi?

Oui, il s’agit d’un changement important car il y a énormément de compétition ainsi que de films.  Nous devons penser au projet dans son aspect global. Il ne s’agit pas seulement de diffuser le film à  l’écran, toute la campagne de commercialisation qu’il y a autour est importante. Si l’on réalise un film, il fait tout de suite partie du marché international. Il faut alors savoir comment se démarquer, sortir du lot, pour que les gens prêtent attention au projet.

 

A quoi faut-il être attentif?

Aujourd’hui, l’une des difficultés est d’avoir un public, parce qu’il y a tant de films. Connaître son public aide à  mettre en place une bonne stratégie de commercialisation et donc à  obtenir plus de public aussi.

La première chose importante est de construire une communauté, et cela avant même de tourner le film. Le problème en Suisse, c’est que nous bénéficions de fonds, et le film est financé avant d’être projeté sur les écrans. Du coup, on s’en fiche de savoir si le film marche ou pas. Avoir du public déjà  avant aide aussi à  trouver un distributeur.

Ensuite, se donner le temps est nécessaire. Pour «Trapped», nous avons manqué de temps pour la commercialisation et la collecte de fonds. Si l’on veut faire quelque chose avec le public, il faudrait prendre 2 ans: pour construire une communauté et pour avoir l’argent.

Sinon, il faut savoir combien d’argent l’on veut dépenser dans le pire des cas et écrire un script ou une idée qui entre dans ce budget. C’est un problème lorsque l’on pense plus grand que l’argent qu’on a à  disposition.

 

Est-ce que tourner un film dans ces conditions nécessite obligatoirement un budget réduit et cela représente-t-il beaucoup de sacrifices?

On définit un budget réduit parce que si ça tourne mal, nous ne pouvons pas nous permettre de payer au dessus du montant établi. Nous n’avons pas le choix, nous devons établir un budget réaliste. Mais l’on peut réaliser un bon film pour 100’000 francs suisses, car dans une production de films, beaucoup de choses ne sont pas vraiment nécessaires.

J’aime les petits budgets parce que il n’y personne pour nous dire quoi faire, on a beaucoup de flexibilité, une petite équipe, et peu d’acteurs. Il y a peu de frais et on peut se concentrer sur le contenu du film.

Par contre, l’on doit garder en tête le montant à  disposition et ne pas essayer de faire un film au delà  de nos moyens. Bien sûr, le budget limite les possibilités, mais on peut faire un bon film pour peu d’argent.

 

Pensez-vous que la recherche de fonds massive (crowdfunding) est un effet de mode ou est-ce l’avenir du cinéma?

La recherche de fonds massive est une très bonne commercialisation parce qu’elle permet au public de participer au projet. C’est donc intéressant mais très limité du point de vue financier. Et aujourd’hui tout le monde pratique cette technique. Il faut être réaliste, on ne peut jamais financer tout le film, sauf s’il est vraiment très bon marché.

Cette technique n’est pas le futur du cinéma, mais c’est un bon moyen de commercialisation.

 

Est-ce que ça ne risque pas de passer de mode, de ne plus fonctionner parce que les gens en auront marre?

Oui, c’est un risque. Quand nous avons commencé  pour «Trapped» en avril 2011, le moyen était nouveau, mais maintenant tout le monde l’utilise. On ne peut demander aux gens qu’une seule fois, même si c’est un très bon film. Le danger c’est qu’il y ait trop de recherche de fonds, et que les gens en deviennent malades.

 

Quels moyens de financement et de commercialisation avez-vous utlisé pour votre film?

Financièrement, nous avons travaillé avec des sponsors. Pour la matériel par exemple, je me suis adressé au grandes entreprises qui sont capables théoriquement de placer de l’argent pour des productions.

Ensuite, pour la recherche de fonds, nous avons encouragé les gens à  donner et selon la somme qu’ils donnaient, ils pouvaient venir sur le tournage une journée ou recevoir des DVDs…

Pour la commercialisation, puisque nous n’avions pas un gros budget, nous avons tout fait sur internet. Nous avons crée un site internet et un blog vidéo pour inclure notre public déjà  bien à  l’avance dans le processus de réalisation. Nous avons bien sûr utilisé Facebook et Twitter. Je pense que l’on peut faire une très bonne campagne qui est abordable, en utilisant seulement internet.