Culture | 13.06.2012

Un métier hors du commun

Qui n'a jamais rêvé de faire du voyage sa vie? Du cinéma son métier? Beaucoup souhaiteraient, mais n'osent pas, évoquant les risques qui planent sur cette industrie en crise. Tink.ch a rencontré l'un de ceux qui ont osé le faire.
"Je ne suis jamais étranger nulle part, mais jamais totalement chez moi." (photos : gaelmetroz.blogspot.com / gaelmetroz.wordpress.com)

Qui n’a jamais rêvé de faire du voyage sa vie? Du cinéma son métier? Beaucoup souhaiteraient, mais n’osent pas, évoquant les risques qui planent sur cette industrie en crise. Nous sommes un beau jour de juin au café Zürich de la Plaza Catalunya à  Barcelone; un endroit au nom peu exotique pour deux suisses, et j’ai devant moi un homme qui a osé réalisé son rêve. Gaël Metroz a 34 ans, mais il a déjà  l’assurance et la tranquillité de ceux qui ont beaucoup vécu.

 

Un homme d’ambition

Son métier? Réalisateur de films de voyage, dont les décors varient du Soudan à  l’Inde. Mais il ne se limite pas à  son rôle de chef d’orchestre de reportages: il est lui-même un véritable homme-orchestre, un touche-à -tout, un tout-terrain. Ses premiers films, il les a produits de A à  Z, du tournage au montage.

Le cinéma, une vocation? Non, en tout cas pas dès le début. C’est avec la photographie et le dessin que tout a commencé; «j’ai toujours été très visuel», explique Gaël. Mais c’est seulement après trois masters (histoire de l’art, philosophie et littérature française), et quelques années d’enseignement qu’il a commencé son actuel métier. «Quand on m’a proposé mon premier poste fixe en tant que professeur, j’ai paniqué, j’ai pris un aller simple pour le Soudan», avoue-t-il en rigolant. Là -bas, il a tourné son premier documentaire, «L’Afrique de Rimbaud». C’était en 2005.

 

La mort du romantisme

Les débuts n’ont pas été faciles, mais en 2008, il réalise son premier long-métrage «Nomad’s Land, sur les traces de Nicolas Bouvier» et fait une razzia dans les festivals de cinéma internationaux. Pour le réalisateur, ce film lui ouvre toutes les portes; mais il représente aussi sorte de deuil, celui du romantisme. «Le monde de Bouvier n’existe plus», murmure-t-il, «mais au final, c’est le « romantisme » qui meurt un peu» Il reprend en souriant: «Le romantisme, c’est la nostalgie d’un monde qui n’a jamais existé, il faut un jour ou l’autre le laisser un peu de côté et continuer sa route». Lui l’a fait, non sans peine.

 

Etre au meilleur de sa forme

Une formation? «J’ai appris sur le tas, en faisant, défaisant, en essayant beaucoup», explique-t-il. Mais il a tout de même travaillé pour la télévision (les nouvelles, Passe moi les Jumelles), la radio (Un dromadaire sur l’épaule, émission transmise sur la RTS) et pour la presse écrite (La Tribune de Genève). «Je les ai contactés avant de faire mon premier voyage en Afrique. Leur principe à  tous était: produis quelque chose, si on le publie, tu seras payé», ajoute-t-il. Il fallait donc toujours être au meiileur de sa forme, «surtout au début, pour se faire une place».

 

Son dernier film

Gaël Métroz vient de finir son dernier film intitulé «Sâdhu», de l’appellation de sages indiens ayant choisi de se retirer de la société. Il raconte justement l’histoire d’un de ces hommes, qui après 8 ans d’isolement dans une grotte a participé à  la «Khumba Mela». Ce pèlerinage, le plus grand du monde, regroupe près de 70 millions de pèlerins (dix fois la Suisse) qui viennent tous les 12 ans se baigner en un point précis du Gange.

 

Ici commence le conte, et Gaël l’explique avec les mots de l’initié et le regard du passionné. Cette coutume vient d’une vieille légende indienne: à  une époque lointaine, les dieux et les démons se battaient pour cette «Khumba Mela», qui contenait le nectar d’immortalité. Pendant un combat particulièrement acharné, quatre gouttes s’en échappèrent et tombèrent dans le Gange. On raconte que tous les douze ans, si l’on s’y baigne, on ressentira les effets de ce nectar de vie. Ce film a nécessité plus de dix-huit mois de tournage et cent quarante heures de rush. «Il a déjà  fallu approcher le personnage, devenir ami avec lui, l’habituer à  la caméra», raconte-t-il. «Tout cela peut paraître facile, mais avec un homme qui n’a pas parlé depuis huit ans, c’est assez ardu!».

 

Pour l’instant, cet amoureux de la caméra fait un break dans un petit appartement de la banlieue de Barcelone, après deux ans et demi de travail acharné. Histoire de laisser fleurir les idées et mûrir les projets; d’autres voyages en tout cas, mais peut-être aussi un livre!

 

Jamais étranger, jamais chez soi

Cette vie telle que la mène Gaël Métroz peut paraître utopique: choisir ses sujets, voyager, vivre de dépaysement et de rencontres. Une vie un peu à  part, sans routine ni habitudes. Mais quels en sont les réels inconvénients? «J’ai du mal à  me poser quelque part, je dois toujours repartir. Mais le plus difficile est de garder les amitiés, les amours», répond-il, sincère. «Je ne suis jamais étranger nulle part, mais jamais totalement chez moi».