Culture | 08.05.2012

Un chant d’espoir

Le FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève) projetait cette année plusieurs films irakiens, dont "Le Chanteur" de Kassem Hawal.
De dos Amer Alwan, acteur irakien, dans le rôle du chanteur (photo : www.ghi.com)

« Le jour de la célébration officielle de l’anniversaire du Dictateur, le chanteur Beshar est attendu au palais présidentiel, où il doit chanter en son honneur. Sa voiture étant accidentée en chemin, Beshar arrive en retard à  la réception, ce qui provoque la colère du Dictateur. » (source : www.fifog.com)

 

A travers l’histoire de Beshar et celles des autres personnages, l’irakien Kassem Hawal nous offre une critique drôle et poétique d’un pays sous dictature ainsi qu’une réflexion universelle sur le pouvoir. Kassem en appelle à  notre humanité et permet à  chaque spectateur de se reconnaître dans les personnages, au-delà  de sa nationalité et de son environnement. Cela est rendu possible par le flou entourant l’époque et le lieu, par le choix de la langue arabe renforçant l’authenticité et le réalisme du film et surtout par la musique, qui permet au spectateur de s’immerger dans le film et d’effacer la distance qui le sépare des personnages.

 

La douceur de la musique s’oppose à  la violence du dictateur et semble représenter la liberté opprimée comme le symbolise la scène du luth brisé par les sbires du despote. Le paroxysme de cet asservissement est atteint lorsque le chanteur se voit intimer l’ordre de se retourner et de chanter face au mur. Il ne pourra se retourner qu’à  la toute fin du film, une fois que le palais aura été déserté par les invités. Il se mettra alors à  chanter à  l’instar d’un oiseau quittant sa cage.

 

La musique accentue aussi l’absurdité du régime, à  travers le décalage entre les paroles du chanteur louant le dictateur et la haine que ressentent les invités à  son égard. Cette absurdité peut rappeler à  chacun de nous d’autres dictatures. Pour l’une de nous par exemple, des scènes d’enfance ressurgissent car le parallèle avec le régime de Kadhafi est vite fait. Comme lorsque chaque 1er septembre, à  l’occasion de l’anniversaire de la « Révolution Populaire » de 1969, les gens se réjouissaient de l’allocution du « Roi des rois d’Afrique », non pas par conviction mais pour se moquer d’un discours qu’ils savaient par avance farfelu et dont ils reprendraient les arguments sous forme de blagues dans l’intimité de leur famille.

 

Kassem ne tombe cependant pas dans le manichéisme. Il dénonce aussi une trop grande naïveté envers le modèle occidental, à  travers le personnage d’Abou Zarzour (= gazouillis en arabe), un paysan persuadé qu’il fera fortune parce qu’il a appris le mot « please » à  l’occasion de la vente de son oiseau à  un Anglais. Avec l’argent récolté, il n’a acheté à  crédit qu’une voiture en mauvais état. Cette scène ironique renvoie à  une autre forme d’asservissement : la soumission face à  l’argent.

 

La présence de l’acteur principal nous a apporté un éclairage sur le tournage et les intentions du réalisateur. Il nous a notamment expliqué que la scène dans laquelle le chanteur doit se retourner était inspirée de l’un des fils de Saddam Hussein; celui-ci avait pour habitude de demander à  son chanteur de se retourner afin qu’il puisse « pudiquement » s’adonner à  ses orgies.  On a également appris que le palais dans lequel se déroule l’histoire appartenait réellement à  Saddam Hussein. Cependant, hormis ces quelques points d’ancrage en Irak, le film a réellement une portée universelle : c’est un film qui essaie de chanter l’espoir dans un monde absurde.