21.05.2012

Petits malheurs du citadin

La vie est faite de petits plaisirs qui font qu'elle est unique. Mais malheureusement, elle a aussi son lot de petits malheurs. Et bien que l'on voudrait croire que cela n'arrive qu'aux autres, cela nous tombe toujours dessus. Je ne parle pas de grosses catastrophes, mais des petits désagréments de tous les jours dont on se passerait bien.
La guerre vieux-jeune, un mythe? (Illustration: Céline Lüscher)

La dame qui vous marche sur le pied et vous toise du regard sans dire pardon, le vieux qui vous insulte parce que vous avez l’affront d’être jeune, la dame chargée de quinze sacs qui vient s’asseoir à  côté de vous dans le bus alors qu’il est désert, et j’en passe. La politesse l’emporte sur votre envie d’étriper la personne en face de vous et vous partez la tête basse. Pourquoi ? Pourquoi n’avoir pas répondu avec une remarque bien cinglante, pourquoi ne pas lui avoir hurlé dessus, pourquoi ne pas faire savoir au monde entier que vous êtes à  deux doigts de devenir tueur à  gage ?

 

Ceci est donc un défouloir. Au diable votre grand sang-froid et votre calme! Votre tête est sur le point d’exploser, qu’elle le fasse ici.

Mettez-vous en situation; comme d’habitude, vous prenez le métro. Vous vous faufilez à  travers l’espèce de masse compacte et arrivez à  vous rapprocher de deux places qui se libéreront sûrement plus tard. Une dame arrive en trombe et pousse tout le monde, arrive à  votre hauteur, et râle, à  voix basse, forcément. Les places se libèrent; elle s’assied, vous aussi (grave erreur). Aussitôt surgit un : «Et bah voilà , tu l’as ta place. Tu pousses tout le monde parce que tu veux une place sans la laisser pour les autres, et bah maintenant tu l’as, espèce d’excitée!» Et elle en profite aussi pour lâcher discrètement un «pff, de mon temps». Et vous, vous ne dites rien, vous restez assis, abasourdi par le culot immense de cette dame. Mais bien que votre politesse vous empêche de rétorquer quoi que ce soit, permettez-vous au moins de l’imaginer :

 

Ce que vous avez dit: bah, rien, comme d’habitude.

Ce que vous avez fait: rien non plus, c’est fou ce que vous êtes passif.

Ce que vous auriez pu ou dû dire: « et bah de votre temps, le métro ça existait même pas !»

Ce que vous auriez pu ou dû faire: vous lever et aller ailleurs, en n’oubliant pas de rajouter «bon, je vous laisse la place alors, comme ça vous avez assez de place pour étaler tout votre insupportable caractère» (bon, vous auriez aussi pû dire «pour étaler vos grosses cuisses», mais c’est politiquement incorrect. Et même dans votre tête, vous vous devez d’être politiquement correct). Je sais, ça ne se fait pas, on ne doit pas critiquer ni juger les autres. Mais bon, elle l’a bien cherché. Et vous ne l’avez pas dit. Pensé très fortement, mais pas dit, alors ça va.

 

Alors je sais que de gentils vieux existent, qu’ils ne sont pas tous exécrables, mais franchement, on dirait que les « gentils » sont en voie de disparition.

 

Ah, qu’il est bon de pouvoir, pendant un instant, s’imaginer super héros combattant les injustices avec répartie et courage, se moquant des règles de politesse et du politiquement correct! Mais maintenant, retour à  la vie réelle, petit citadin respectueux et tolérant…

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