Culture | 03.05.2012

Des films mais pas uniquement

Texte de Juliette Ivanez
De rencontres fortuites naissent parfois les germes de grands projets. En mettant en présence des professionnels du cinéma de tous horizons, l'ambition du FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève) va au-delà  de la simple découverte cinématographique.
Robert Boner, Salwa Zouiten, Tahar Houchi (directeur artistique du FIFOG) et Aude Vermeil (photo : Lidia Gharib)

Produire au Maroc…

Vendredi dernier, à  la Maison des Arts du Grütli, l’ambition n’était qu’à  moitié dissimulée de provoquer une étincelle créatrice. De quoi parle-t-on au juste ? Un forum de production était organisé par le FIFOG entre les représentants de la branche cinématographique de deux pays foisonnant en matière de septième art : le Maroc et la Suisse. Le but : échanger sur les conditions de production d’un film au Maroc, et étendre le spectre des possibilités dont un producteur étranger peut bénéficier dans ce pays. Salwa Zouiten, du Centre Cinématographique Marocain (CCM), souligne d’emblée : « Il est très facile de produire un film au Maroc. Nous avons de nombreux studios et sociétés de production, et les délais pour obtenir les autorisations de tournage sont courts ». Le CCM dispose également d’importants moyens financiers pour soutenir la production cinématographique nationale : le centre alloue chaque année un fonds de 55 millions d’euros (« C’est plus qu’en Suisse ! », s’écrie quelqu’un dans l’audience) qui permet de financer près de 20 longs-métrages.

 

…plutôt qu’en Suisse ?

Mais alors, quelles possibilités pour les producteurs étrangers ? Le réalisateur marocain Hassan Benjelloun rappelle un déséquilibre qui dérange : un producteur suisse peut éventuellement bénéficier des fonds du CCM dans le cadre d’une coproduction ; en revanche, tant qu’il n’existe pas d’accord bilatéral de coproduction entre la Suisse et le Maroc, un producteur marocain ne pourra jamais voir de fonds débloqués en Suisse pour son film. Et de plaider l’urgence de la situation : « Les fondements d’un tel accord doivent être posés ici, dans cette salle ». Robert Boner, secrétaire général de la Fondation Romande pour le Cinéma, approuve mais déplore les lenteurs administratives pour mettre en place un tel accord, qui devra dans tous les cas remonter les voies diplomatiques. Aude Vermeil, directrice de l’association Fonction Cinéma à  Genève, explique pourquoi selon elle il est pour l’instant impossible d’ouvrir les fonds cinématographiques aux productions étrangères : « J’ose le dire, avec un parlement à  droite, nous n’arrivons pas à  augmenter les montants des fonds. La culture n’est clairement pas une priorité en Suisse aujourd’hui. Alors, avec ce que nous avons, nous privilégions le soutien de la production nationale ». Qu’importe, la graine d’une collaboration future est semée. Espérons qu’elle germe…

 

Le FIFOG se déroule jusqu’au 6 mai aux Cinémas du Grütli et jusqu’au 19 mai dans plusieurs cinémas de Romandie et France voisine (Lausanne, la Chaux-de-Fonds, Annemasse). Programme complet sur www.fifog.com