Culture | 30.05.2012

20 pianos dans Genève: ils reviennent!

Les pianistes affirment souvent que malgré sa taille, le piano est un instrument pratique car on en trouve presque partout. Imaginez un instant que l'on puisse en jouer même... dans la rue! Du 18 juin au 1er juillet aura lieu la seconde édition genevoise de «Jouez, je suis à  vous!», projet artistique et participatif de l'artiste anglais Luke Jerram débuté à  Birmingham en 2008.
Du 18 juin au 1er juillet, 20 pianos seront disséminés dans les rues de Genève, à  disposition des passants. En 2011, la première édition avait attiré beaucoup de curieux. (photos : Blaise Villars)

Le concept ? Extrêmement simple mais d’un potentiel humain et artistique énorme: placer dans les rues pendant une période donnée des pianos en libre service. En d’autres mots, «faire vivre de belles expériences, crée des sourires, des rencontres, permettre le partage», comme l’explique l’équipe organisatrice. Le but était de «créer un environnement et de voir ce que les gens allaient en faire». Depuis 2008, le projet a conquis plus de 20 villes et continue de s’épanouir dans le monde entier. Il y a quatre ans, il a tellement plu aux habitants de Sao Paulo que des pianos ont été installés dans toutes les gares de la ville!

 

A Genève, c’est l’association Tako qui a décidé d’organiser cet événement. Mais les organisateurs songent déjà  à  développer le projet dans d’autres villes suisses telles que Lausanne ou la Chaux-de-Fonds, et même pourquoi pas en Suisse allemémanique … L’année dernière, l’événement avait remporté un succès considérable, «au-delà  de toutes nos espérances!», s’exclame Dan Acher, organisateur. «Les gens ont été tellement émus que j’ai reçu des dizaines de messages de personnes que j’ai dû consoler dans les semaines qui ont suivi la fin du projet», rajoute-t-il. Le succès est presque source d’une certaine frustration pour l’équipe organisatrice, qui ne peut suivre ce qui se passe en continu sur les 20 pianos.

 

Du côté organisation, le projet n’est pas aussi simple qu’il en a l’air… Obtenir les autorisations, mais surtout… les pianos! Car sans eux, pas de projet. «Nous avons pris contact avec Emmaüs, ce sont eux qui nous fournissent des pianos d’occasion. Sinon, le projet ne serait pas réalisable économiquement parlant», explique Dan. En effet, le piano n’est sûrement pas un instrument d’extérieur. Et pendant les deux semaines de l’événement, un accordeur accomplit un travail digne de Sisyphe en accomplissant une tournée de tous les instruments pour éviter à  nos oreilles de trop souffrir des dissonances! Le petit changement cette année? La zone couverte par les pianos s’étend. Il y en aura dix dans le centre-ville, mais dix autres seront placés dans diverses communes, dans le but de les rendre accessibles à  une plus grande partie de la population.

 

On pourrait croire que des pianos non sécurisés dans les rues attiseraient le vandalisme. «C’est ce que tout le monde m’a dit lorsque j’ai décidé d’organiser cet événement: fais attention, en deux jours les pianos ne seront plus utilisables et ceux jouxtant le lac seront à  coup sûr au fond de l’eau», se rappelle l’organisateur. Ils se sont trompés… Que ce soit dû au respect que les gens vouent encore à  ce genre d’instruments ou à  la reconnaissance d’un tel projet, l’année dernière, aucun piano n’a été abîmé. «La déprédation n’a atteint qu’un seul piano, et c’était pour faire exploser le cadenas afin de pouvoir jouer toute la nuit !» s’exclame, satisfait, Dan Acher; «les gens n’ont même pas osé les peindre!». Eh oui, l’association ne proposait pas seulement des pianos pour en jouer, mais aussi pour les décorer, les peindre, les rendre plus «fous». «Cette année, on envisage de faire appel à  quelques écoles d’art, histoire de montrer l’exemple à  la population», ajoute un organisateur.

 

Alors, vers une régularisation de ce projet humain, dont le but est de «faire ressortir la beauté ainsi que la bonté des gens»? Les doutes portent surtout sur la possibilité envisageable que le projet se banalise et perde de sa puissance s’il est répété trop longtemps. Avis, donc, aux habitants genevois : profitez de cette édition, car on ne sait pas s’il y en aura d’autres !