Culture | 11.04.2012

Une édition anniversaire plurielle

Texte de Céline Bilardo
Du 23 mars au 1er avril dernier, la Ville de Genève vibrait encore une fois en tant que figure de la musique contemporaine. Le Festival Archipel y avait pris ses quartiers pour sa 20ème édition. Une édition anniversaire plurielle car célébrant également le compositeur américain John Cage (1912-1992), personnage iconoclaste qui a marqué la musique du XXème siècle.
Wilhelm Latchoumia au piano (photo : Isabelle Meister pour Archipel)

Au croisement des arts pluridisciplinaires, mêlant danse, théâtre, littérature et surtout, musique, le Festival Archipel a su envoûter un public mélomane professionnel et veiller une population amateure à  l’oreille curieuse depuis plus de 20 ans. Cette année, l’événement s’est décliné en deux temps, ou deux tableaux. L’un nommé « Fiction » ouvrait le festival et s’est profilé du vendredi 23 mars au dimanche 25 mars. L’autre « Topographie » mettait en avant l’Association Suisse des Musiciens, en accueillant, du 26 mars au 1er avril des compositeurs et artistes suisses. Deux expériences, deux performances vécues en cet espace dédié à  l’expérimentation sonore.

 

« Préparation du hasard »

Un hommage à  John Cage mort il y a 20 ans. Un clin d’Š«il au compositeur drôle, atypique, provocateur qui a innové dans la manière de penser la musique, le son, l’ordre. Mais le titre du spectacle n’est-il pas paradoxal ? Il reflète peut-être bien le trait de caractère joueur du musicien. Il regroupe en tout les cas la notion de préparation pour le piano préparé, instrument pensé par John Cage en 1940 à  défaut de pouvoir disposer d’un ensemble de percussions ainsi que la notion de hasard, phénomène cher à  l’expérimentateur. John Cage s’est consacré au piano préparé de 1940 à  1952. Il s’agit de placer des objets de différentes taille et de toute nature (gomme, bouteille, vis, …) entre les cordes d’un piano. Le son, le timbre et l’usage du piano sont donc transformés, rendant les auditeurs sensibles à  un piano plus bruyant, « bruitiste » qu’à  l’accoutumée… Et l’indétermination ? Un outil pour monsieur Cage. Une part de risque dans la composition d’une pièce, laissant son interprétation propre, libre, à  chaque personne qui s’y essaie.

 

Les Français Wilhelm Latchoumia (piano) et Pierre Jodlowski (compositeur, ici à  la réalisation électronique) ont offert au public présent presque deux heures de récital en interprétant des Š«uvres originales de John Cage et des Š«uvres de plus de sept compositeurs, revisitant les possibilités et limites du piano préparé et du piano-jouet.

 

Et si les oreilles de l’audience découvraient de nouvelles sonorités, quel plaisir de voir s’émerveiller le compositeur en vidéo qui, chronomètre à  la main, répondait à  des questions posées par un ordinateur (sur les mathématiques, le hasard, John Cage) avec une vivacité d’esprit inégalable.

 

« Le son des autres »

Installation présentée à  l’entrée de la Maison Communale de Plainpalais, lieu central de la manifestation, « Le son des autres » consistait en un long tunnel lumineux, dispositif pensé et construit par Pierre Jodlowski. Intriguant, ce « passage » était doté de capteurs réagissant aux pas et aux mouvements de ses visiteurs. Un cri, des rires d’enfants, des vagues, des murmures. Des éléments de « souvenirs » récoltés par le réalisateur et mis en scène, multipliés, enchaînés, exagérés par les passants qui, l’espace de quelques instants, quelques secondes pour les plus surpris, se sont laissés, eux aussi, au chemin du hasard.