Culture | 30.04.2012

Le Maroc au Salon du Livre

Texte de Samanta Palacios | Photos de aufaitmaroc.com
Le printemps arabe toujours en tête, le Maroc était à  l'honneur lors du Salon du Livre et de la Presse a Genève.
Espace Qalam/Kitab au salon (image: salondulivre.ch)'Une année chez les français', de Fouad Laroui
Photo: aufaitmaroc.com

« La viande est très tendre. Je l’ai fait cuire sur le charbon de bois. C’est la vraie Tanjia marrakchie: de l’agneau, de l’huile d’olive, du poivre, du sel, du gingembre et du citron confit. Cuit à  l’étouffée, c’est excellent « . Dans sa folie, un des copains de bagne de Salim, le protagoniste du roman de non-fiction de Tahar Ben Jelloun Cette aveuglante absence de lumière, exprime les obsessions de son quotidien a Ahermenou, à  l’est du Maroc. Ce pays nord africain et ses reliures, sa cuisine, ses textures, ses parfums, sa calligraphie, sa littérature et bien entendu ses auteurs ont débarqué la semaine dernière au Salon du livre de Genève.

Mais si une chose a marqué ce rendez-vous, c’est bien la situation du Maroc par rapport au printemps arabe. Bien que celle-ci soit en apparence plus calme qu’en Tunisie ou en Égypte, le Maroc a aussi vu certains de ses principes bouleversés lors des protestations, grâce en partie à  l’activité du mouvement du 20 février : il y a notamment eu des changements dans sa constitution visant à  reconnaitre officiellement l’amazigh (la langue berbère) et modérant légèrement les pouvoirs du roi. Dans la pratique, des voix intellectuelles, comme celle du même Tahar Ben Jelloun, mettent en doute la vraie application des valeurs démocratiques.

Ben Jelloun était, par ailleurs, le grand absent samedi soir. Sans aucun avertissement ni autres explications, les organisateurs ont changé le programme, ce qui n’a tout de même pas enlevé l »intérêt de la petite conférence comparant les visions intérieures et extérieures du Maroc, dans le cycle de rendez-vous consacrés aux figures de la littérature marocaine.

En traitant la diaspora maghrébine, Fouad Laroui, auteur et professeur à  l’Université d’Amsterdam, a parlé de légitimités. De celle qu’ont les auteurs marocains de l’extérieur, mais aussi de celle que n’auraient pas ceux qui parlent dans l’ignorance: « Je passe mon temps à  éclaircir ce qu’ils disent! ». Il a ensuite exposé le dédain dont souffrent les écrivains marocains « alors qu’ils écrivent sur une réalité qui n’est pas du Maroc mais de leur société d’accueil. Ça expliquerait, pour Laroui, pourquoi Les choses, un roman publié par Georges Perec en 1965, avait eu autant de succès tandis que Un ami viendra vous voir, de Driss Chraïbi, soit presque immédiatement tombé dans l’oubli, alors que les deux visaient la vie de couple dans cette société matérialiste. « S’il s’était appelé Benoît Dupont, l’histoire serait peut-être différente ».

Mohamed Nedali, habitant actuellement au Maroc, apportait la touche locale au rendez-vous. L’auteur de Morceaux de choix a affirmé écrire dans ce qui est, pour lui et pour ceux qui ont vécu l’islamisation, « une véritable langue étrangère »: le français. Nedali écrivait sur la jeunesse marocaine bien avant le printemps arabe. Quand on lui demande pourquoi il habite au Maroc, il avoue y trouver « une qualité de vie » qu’il n’a pas trouvée ailleurs.

Laroui et Nedali partagent l’idée que les marocains de la diaspora peuvent apporter un regard « sain » du pays nord africain. Auquel une lectrice a conclu avec un vieux proverbe chinois:  » Toi qui est de la plaine, que viens-tu faire à  la montagne? … Je viens voir la plaine ».