Culture | 26.03.2012

Mark Lanegan – Blues Funeral

Texte de Lionel Taboada
Huit ans qu'on n'avait pas entendu la voix "boueuse", du survivant du grunge sur un disque solo. Mark Lanegan est de retour pour enterrer le blues ... tout un programme !
Mark Lanegan. Image: euelaocoeoaffairredivivo.blogspot.com "Un fond noir désespérément triste, recouvert de fleurs roses et rouges..." Le dernier album "Blues Funeral". Image: underwurld-music.blogspot.com

 

Smells like grunge spirit

Pour ceux qui ne connaissent pas le bonhomme, il convient de faire un petit retour en arrière. Nous sommes dans les années 90 à  Seattle aux USA ; les jeans sont troués, les chemises sont en flanelle, les cheveux sont gras, et la musique s’appelle Grunge. Parmi les Nirvana, Pearl Jam, et autres Alice in Chains, un groupe un peu moins connu essaie tant bien que mal de sortir du lot, et de bénéficier de l’attention que l’on porte aux groupes de la région : les Screaming Trees. Mais le groupe s’use à  courir après le succès et ils se séparent finalement en 1997. Cette aventure aura au moins eu le mérite de nous faire découvrir la voix éraillée et abimée d’un chanteur qui n’est autre que Mark Lanegan.

 

Pourtant si la plupart d’entre vous sont familiers avec son chant guttural, c’est sans doute pour sa participation au sein des Queen of the Stone Age emmenés par son pote Josh Homme. Lanegan donne de la voix avec les reines de l’âge de pierre sur trois albums et participe aux tournées du groupe entre 2001 et 2005. Ce succès lui permet de se faire connaître auprès du grand public.

 

Pourtant il est plus que réducteur de résumer sa carrière à  sa participation au sein des Queen of the stone age quand on voit la liste impressionnante de collaborations auxquelles il a pris part. On citera par exemple : Kurt Cobain (Nirvana), Layne Staley (Alice in chains), Melissa auf der Maur (Hole, Smashing Pumpkins), Isobel Campbell (Belle and Sebastian) par exemple. Mais on ne peut évidement pas évoquer ses collaborations sans parler du magnifique album « Saturnalia » sorti en 2008, fruit de son amitié avec Greg Dulli (Afghan Whigs, Twilight Singers). Le duo se fait appeler « Gutter Twins » qu’on peut traduire par les « jumeaux du caniveau ». Deux monstres de la scène indépendante américaine sur un même album, ça vaut le détour ! Au fil des ans et de ses collaborations, Mark Lanegan est devenu une des voix les plus demandées et les plus intéressantes du circuit rock.

 

Mark Lanegan nous enterrera tous

Un fond noir désespérément triste, recouvert de fleurs roses et rouges. A l’image de la pochette, cet album est d’une noirceur et d’une profondeur qui n’a d’égal que la voix de Lanegan. Pourtant, au milieu cette tristesse, les chansons poussent telles des fleurs sur un sol désertique. L’album s’ouvre sur le très « queen of the stone agien » « Gravedigger’s song » (la chanson du fossoyeur) : le ton est donné. Le blues et Lanegan c’est une longue histoire d’amour, alors quand il rend hommage au défunt bluesman Muddy Waters sur « Bleeding Muddy Waters », le chanteur nous colle des frissons. Dans la même veine on retrouve les chansons « Gray goes Black », « St-Louis Elegy », « Phantasmagoria Blues », « Leviathan », ou encore « Deep Black Vanishing Train ». Sur ces titres sans artifice, la voix de Lanegan prend une dimension impressionnante. On sent la fragilité et les épreuves d’un type avec qui la vie n’a pas toujours été tendre. Il nous colle le blues dès qu’il ouvre la bouche, mais le bon blues. On en redemande même ! Ce sont peut-être là  les meilleurs morceaux de l’album. Les autres titres ne sont pourtant pas en reste et sont même plutôt bons, quoique très convenus. On peut citer le blues crasseux de « Riot in my house » que n’aurait pas renié son pote Josh Homme, ou encore le très rock « Quiver Syndrome » qui va faire des ravages sur scène.

 

On peut s’étonner que ce soit sur les titres plus « sobres » que Mark Lanegan paraisse le plus magnifique. Et pourtant, d’après les récentes interviews de l’artiste, il semble que ses démons (alcool, drogue, tabac) soient derrière lui pour de bon. D’où peut-être ce titre d’album ; « Blues Funeral ». En enterrant « son blues », c’est finalement ses problèmes qu’il met en terre… espérons le ! En Tom Waits du grunge, Mark Lanegan nous délivre un magnifique et très bon nouvel album. Une grande voix, à  découvrir absolument.

 

Sortie du CD le 03.02.2012

En concert le 23 Mars 2012 au M4Music de Zurich.