Culture | 02.02.2012

« S’évader par les sons »

18h - Bains de Cressy, atmosphère surchauffée et décor tropical. Arrivée un peu en avance, j'essaie de me faire discrète parmi la petite équipe qui entoure Etienne Jaumet, expert en matériel analogique et dont le talent a été confirmé avec son premier album solo Night Music sorti en 2009, donnant dans l'électro rock psychédélique.
«Je recherche le dépassement physique, s'évader par les sons et j'aime guider les gens» (photo : www.antigel.ch)

La soirée subaquatique ne commence que dans quelques heures, mais tout le monde est déjà  entrain de s’affairer à  préparer la scène au bord de la piscine, ainsi qu’à  vérifier le matériel en faisant des essais de son. C’est dans cette ambiance pré-concert qu’on m’accorde un peu de temps pour une interview. A peine ai-je commencé, que je commets une première boulette : attention, Etienne Jaumet n’est pas DJ, c’est un multi instrumentaliste qui joue « sans ordinateur, sans platine et qui ne joue pas la musique des autres, mais qui joue avec de vrais instruments… C’est une musique live, rien n’est préenregistré !!! ».

Etienne Jaumet, avec ses grandes lunettes noires connaît Genève, il est déjà  venu plusieurs fois jouer dans de petites salles ainsi qu’avec d’autres groupes et il n’oublie pas de préciser: «J’aime bien la Suisse, je suis content d’être là ». Les endroits inhabituels pour un concert, comme ici aux bains de Cressy, le Français y est familier et aime bien  « les lieux un peu atypiques et qui sortent de l’ordinaire». De ce fait lorsque les organisateurs du festival Antigel l’ont contacté, le concept a tout de suite plu au musicien. Pour le concert de ce soir, ce passionné de musique électrique a apporté ses boîtes à  rythmes, son synthé «avec lequel on peut déjà  faire beaucoup de choses», ainsi que son saxophone. Il prévoit pour cette soirée une ambiance de décontraction, une musique plus calme donc moins dansante.

 

Etienne Jaumet aime laisser aller son imagination et  n’essaie pas de faire des choses déjà  préexistantes, ainsi la musique variant d’un concert à  un autre : «  J’aime bien jouer dans des endroits différents car je fais des choses que je n’ai pas l’habitude de faire en club, par exemple des morceaux plus planants, plus calmes». De plus les lieux le mettent dans une certaine ambiance, il joue en fonction de ce qu’il ressent, de ses émotions sur le moment et pas en fonction de ce qu’il a préparé, car le Français ne prépare en principe rien à  l’avance.

 

L’ancien membre du groupe Zombie Zombie a d’abord étudié le saxophone étant jeune, mais comment en est-il arrivé à  faire de l’électro ? Le Français a découvert sa passion dans un magasin nommé Cash converter qui a ouvert dans les années 90 et qui ne vendait que des instruments d’occasion, comme par exemple de vieux synthés tombés en désuétude qui ont été fabriqués à  la fin des années 70 et dont les sons très riches lui ont tout de suite plu : « Ça m’a parlé, les sons m’ont rappelé ce que j’écoutais étant gamin (dessin animés, films, feuilletons, jeux vidéos, etc.».

 

Le musicien apprécie « les sonorités qui utilisent des composants électroniques et qui n’ont rien avoir avec tout ce qu’on peut faire aujourd’hui avec le numérique » et il n’omet pas d’ajouter que « ces instruments sont beaucoup plus solides que des ordinateurs ». A l’époque où il faisait des études d’ingénieur du son, le numérique n’était pas encore très connu, et c’est donc pour cela qu’il a plus d’affinité et de sensibilité avec l’électronique.

 

Pour sa musique, Etienne Jaumet s’inspire en partie des films d’horreurs des années 70, comme par exemple ceux de John Carpenter (Halloween…), « films avec des sons très évocateurs qui expriment des émotions noires » ; dans un autre registre, il apprécie également les films d’Ennio Morricone ou encore les musiques de Nino Rotta ainsi que certaines musiques classiques indiennes. Avec un de ses morceaux nommé Satori (période dans le bouddhisme qui précède l’éveil spirituel), on peut se demander s’il n’y a pas une certaine philosophie qui se cache derrière cette musique : «Je recherche le dépassement physique, s’évader par les sons et j’aime guider les gens».

 

Curieusement, l’artiste est beaucoup moins connu en France, son succès a surtout commencé en Angleterre; il tente de l’expliquer par le fait que les Anglais ont été beaucoup plus rapidement sensibles à  ce genre de musique et «utiliser ce genre d’instruments sur scène est plutôt inhabituel, c’est peut-être cela qui les a intéressés». Toutefois, en France il commence à  se faire petit à  petit un nom. En 2011 il participe à  la compilation Voyage II : mort pour la France, un titre un peu fort choisi par le label parisien Pan European Recording en hommage à  ces artistes français qui vouent leur vie à  la musique mais qui n’ont pas le succès escompté…Etienne Jaumet le regrette vraiment, car « il se passe pleins de choses en France mais qui n’intéressent pas beaucoup les Français »; cependant il espère encore conquérir le public suisse se rappelant de très bons souvenirs de ses concerts sur le territoire helvétique. Dans les mois qui viennent aucun concert n’est prévu pour l’instant en Suisse, mais il jouera prochainement au festival Nuits Sonores les 14 et 16 mai 2012 à  Lyon.

 

L’hétéroclite Etienne Jaumet va donner dans un registre différent pour ses futurs projets, puisqu’il prépare en ce moment un album intitulé Cabaret contemporain, dans lequel il reprend des oeuvres contemporaines : « c’est une façon de sortir de ce créneau un peu trop sérieux et qui a une réputation de musique pour initiés», précise l’artiste. Espérons que 2012 lui porte chance !

 

Retrouvez le DJ allemand Robert Lippok pour la soirée Pool Soundsystem #2 au festival Antigel, le mardi 7 février.

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