Culture | 21.02.2012

Rencontre trans-aquatique

Pour cette deuxième soirée Piscine Soundsystem, les maillots de bains sont la tenue de rigueur si l'on souhaite se fondre dans le décor tropical qui règne dans les bains de Cressy. Pour l'occasion : des palmiers, des lumières colorées et les 34°C du bassin qui ont de quoi nous donner des airs de vacances. Tout le monde est curieux et impatient de découvrir ce qui l'attend dans ce lieu insolite.
(photo : www.antigel.ch)

Le concert n’a pas encore commencé que l’on peut déjà  profiter des sons disco diffusés dans les profondeurs de la piscine. Au bord du bassin, une petite scène avec des instruments pour le moins particuliers. Peu à  peu, la piscine se remplit et le public s’approprie l’espace. Rien ne ressemble à  un concert habituel : la régie s’active en costume de bains, les spectateurs applaudissent en agitant les bras dans l’eau. Avec  quelque retard, le concert commence enfin. Ce soir, tout droit venu de Berlin, c’est le musicien et compositeur Robert Lippok qui se charge de créer une ambiance toute particulière. En effet, il nous a concocté des sons naviguant entre electronica expérimentale subaquatique et post-rock, de quoi faire monter encore un peu la température. C’est donc dans une atmosphère intimiste, la moiteur de l’air collant à  la peau que Robert Lippok a été accueilli par son public.

 

De Robert Lippok on ne sait pas grand-chose. Il a été un des membres fondateurs du groupe berlinois To Rococo Rot dans les années 1990 puis s’est engagé dans des projets plus personnels. Il déploie une musique lourde mais sereine, teintée de carillons dorés qu’il frappe avec deux maillets.

 

Lumières tamisées, couleurs chaudes et coupes de champagne, dans une atmosphère bar-launch branché, la soirée commence. Le premier morceau est accueilli par les acclamations du public plutôt bon enfant. D’un air grave et concentré, notre maître de musique combine subtilement des éléments électroniques et acoustiques. Aux Bains de Cressy, les sonorités s’éclaircissent en rebondissant à  la surface. Très vite, certains spectateurs ont compris qu’en plongeant la tête dans l’eau le concert prenait une toute autre dimension : les sons se font veloutés et intimistes.

 

En cours de soirée, les rythmes se modifient imperceptiblement tandis que les ondes musicales et fluviales se mélangent en un pur moment de délice. En étoile de mer à  la surface, comme sur un nuage, on peut voir – grâce aux vitres réfléchissantes au plafond- tout ce petit monde se mouvoir dans l’eau. A ce moment précis, la musique ne compte plus vraiment. Ou plutôt si. C’est grâce à  la musique qui se fond parfaitement dans le lieu que l’on peut s’abandonner et la ressentir pleinement. L’eau chaude et les sons cuivrés de Robert Lippok incitent à  se laisser aller au gré du courant, les yeux fixés à  la verrière, de la musique plein les oreilles. Des sensations si douces et délicates s’emparent des auditeurs, que s’extirper de ce moment hors-du-temps est presque douloureux. Entre détente et musique vitaminée, on a droit à  une vraie cure vivifiante avec total effet antigel. Dehors on retrouve les températures glaciales et la bise qui griffe le visage, le retour à  la réalité se fait plus violent encore.