Culture | 06.02.2012

Marathon de la danse : le défi qui nous fait fondre

Texte de Laura Crivelli
Quel spectacle, quelle performance ! La vibrante énergie partagée entres professionnels, passionnés de danse et amateurs enrobe le public curieux dans une atmosphère égayante.
(photo : www.antigel.ch)

Par son concept original, le marathon de la danse du festival Antigel suscite un vif enthousiasme de la part des organisateurs, des volontaires et du personnel soignant venus apporter leur soutien aux marathoniens, ainsi qu’un bel accueil au sein de la population genevoise. L’esprit d’Antigel c’est l’envie de surprendre : regrouper des gens dans des endroits insolites qui projettent une ambiance unique se prêtant magnifiquement bien à  la réalisation de paris fous. Dans le cadre du marathon de la danse, le festival Antigel c’est aussi oser, et épanouir son soi-même sur le dancefloor.

 

Repris d’une idée développée dans les années trente suite à  la Grande Dépression, le marathon de danse existe pour s’amuser, se distraire, et (sur)vivre. Dans le temps, certains couples dansaient pendant des jours et espéraient ainsi gagner quelques centaines de dollars, ou du moins, un repas chaud. Aujourd’hui, les marathoniens s’affrontent pour remporter la somme de 500.- francs suisses. Dans tout les cas, tous sont chouchoutés par les infirmiers et infirmières qui les hydratent et leurs tamponnent le visage pour essuyer leur transpiration; encouragés par les regards admiratifs du public qui tente de les imiter.

 

Au rythme du rock, funk, salsa, bossa, tchacha, hip hop, pour n’en citer que quelques-uns, nos héros de la soirée – ces marathoniens de la danse – se sont non seulement déhanchés toute la nuit, mais aussi prêtés à  toutes sortes d’épreuves, telles que courir autour de la scène, changer de partenaire de manière improvisée et danser front contre front avec un(e) inconnu(e). Sous les ordres de David Valère (dit Roky pour la soirée et re-looké en Lou Bega pour l’occasion), les marathoniens s’exécutent ; souvent avec une certaine classe, toujours avec humour. Ils sont parfois même récompensés d’un bisou de leur sévère « souverain », pendant que les arbitres du marathon continuent de scruter les couples, et vérifient qu’ils dansent ensemble. Hors, danser ensemble ne veut pas forcément dire être collé l’un contre l’autre ou se tenir constamment, mais également danser ensemble en ayant l’esprit connecté, en communiquant sans cesse entre partenaires. Le dialogue, l’entente, la complicité doivent être omniprésents.

 

La quinzaine de couples d’origines et d’âges différents forme une magnifique mosaïque artistique sur scène. Sur le dancefloor, ils se déchainent, s’amusent, se concentrent, s’appliquent, jouent et entrent en symbiose avec leurs partenaires. Tout y est, la performance, la danse, le sport, la musique, la concentration, la joie, l’amusement, la légèreté, la simplicité, la complicité, l’humour, le jeu, l’expression ! L’amour de la danse les rassemblent, les relient, ils sont dans une même bulle, bien que chacun dans un monde artistique différent. En traversant les époques et les styles, des années 40-² à  aujourd’hui,  chaque couple danse à  sa façon sur une même musique. La diversité des danseurs sur scène tant dans leur manière de danser, que dans leur façon de communiquer, bouger, et s’habiller, ne manque pas d’étonner les spectateurs.

 

Parfois, une courte fatigue ou lassitude se fait sentir, le regard d’un(e) des partenaires se perd dans le vide en fixant un point que lui-même ne voit plus, ou se repose discrètement en faisant des pas de danse qu’il (elle) connait bien ; ou encore en cherchant l’énergie de son (sa) partenaire en se laissant aller sur son épaule ou en se concentrant sur ses mouvements pour le (la) suivre. Puis, tout à  coup, la musique change, et là , c’est l’explosion ! Sur un « Freeeeedom ! » ou un « Hit the Road Jack », la fatigue s’efface. Seules la musique et la danse comptent. Le danseur renaît dans toute sa vitalité et originalité sur scène.

 

Les expressions des artistes (sourires, concentration, insouciance, …) reflètent leurs états d’âmes. Certains sont là  pour accomplir un défi personnel, la performance, la précision dans les gestes, d’autres participent pour s’entrainer, s’améliorer et apprendre à  mieux connaître son partenaire. D’autres encore viennent pour s’amuser, étaler leurs talents de scènes, non seulement la danse, mais également la comédie et l’improvisation.

 

Le public est lui aussi très hétérogène. Certains regardent les performances attentivement, d’autres observent la scène et ses alentours, d’autres se distraient entre amis, ou dansent seuls ou en compagnie. De vrais artistes se cachent dans le public également. Peut-être n’ont-ils pas osé s’inscrire ou se sentent plus à  l’aise, au sommet de leur art, à  côté de la scène, et non pas sur scène. Tous sont actifs et participent au spectacle, encouragent, crient, applaudissent, s’extasient, critiquent, commentent, s’interrogent.

 

Le marathon de la danse est une expérience incroyable, envoûtante. Il tisse un lien particulier entre tous ceux qui rentrent en transe avec la musique. Je ne suis repartie qu’avec une idée en tête; me trouver un partenaire et m’inscrire pour l’année prochaine !