Culture | 07.02.2012

Les Cheneviers ou l’usine qui traite l’art autrement

Le parcours de l'usine des Cheneviers s'inscrit parfaitement dans le concept du festival Antigel par son côté décalé où l'art est exploité d'un tout autre angle.
La compagnie Philippe Saire L"araignée" de Daniele Fersini et Christophe Calpini (photos : Ségolène Huber et Natalia Luque)

À notre arrivée nous sommes frappées par le contraste entre la campagne bucolique vêtue de blanc et cet immense bâtiment industriel. Le cadre de ce spectacle est pour le moins insolite. C’est en effet dans l’usine de traitement des Cheneviers que vont se succéder les représentations. L’itinéraire de 1h45 se déroule en cinq étapes qui nous font parcourir la partie désaffectée de l’usine. En temps normal le site valorise les déchets en les transformant en électricité et chaleur pour 25’000 foyers.

 

En route pour cette expérience unique et hors du commun. Première escale parmi la compagnie de danse contemporaine de Philippe Saire. C’est dans les profondeurs d’une fosse froide que les danseurs vont s’exécuter. Au centre, un socle blanc encadré de noir où des tas de sable noir sont parsemés un peu partout. Le spectateur, quant à  lui, est perché trente mètres au-dessus pour assister à  ce tableau mouvant. La petite troupe composée de deux hommes et une femme dénudés malgré la froideur du lieu, se meut en mouvements précis et fluides tandis qu’ils dessinent noir sur blanc avec leurs pieds et leurs mains. En arrière fond, une musique s’apparentant aux bruitages métalliques d’une machinerie.

 

C’est une musique cuivrée qui nous accompagne dans la suite de notre périple dans l’usine jusqu’à  la deuxième étape. Nous sommes placés derrière une vitre qui donne sur un hangar surplombant de grandes fosses remplies d’ordures. Au centre, une énorme pince refermée sur elle-même, au sol, comme endormie. La musique commence et la grue de Daniele Fersini exécute une chorégraphie sur la composition intergalactique de Christophe Calpini. L’impressionnante « araignée métallique » se balade de gauche à  droite, survolant les fossés, s’appropriant l’espace. De la fumée remonte et peu à  peu elle réapparait au milieu de cette nuée avec des ordures qu’elle lâche et qui périssent dans l’abîme. La musique ralentit, l’araignée retourne à  sa position de départ et s’endort en même temps que la musique s’éteint.

 

La visite reprend dans ce labyrinthe d’escaliers où nous retrouvons le couple de danseurs Manuel Vignoulle et Luciana Reolon pour assister à  leur « Conversations ». C’est sur un air d’opéra que nous plongeons dans leur dialogue corporel. Les mouvements se répondent avec passion et séduction nous emportant avec eux dans leur tourbillon. Leur technique déroutante de légèreté n’enlève pas moins la tension créée entre les deux corps. La musique reprend ainsi que la conversation plus rapide, plus folle. Ils nous tiennent en haleine du début à  la fin.

 

On continue notre aventure dans les méandres de l’usine pour arriver dans une salle des machines avec un mur tapissé de tuyauteries. Lumière tamisée et néons fluorescents nous accueillent dans une ambiance discothèque pour le concert du Chapelier fou. Pour aujourd’hui le multi-instrumentaliste nous propose deux morceaux de sa composition jouant du violon sur fond de beat-box. Il s’affaire derrière ses instruments électroniques et acoustiques pour faire un savant mélange de genres. Avec sa musique envoutante il nous emporte dans son univers.

 

Notre visite s’achève avec la troupe de percussionnistes de Wadaiko, musique traditionnelle japonaise. Le martellement des tambours nous fait voyager parmi le bataillon au pays du soleil levant. Cette prouesse musicale demande également un travail corporel exigeant puisque ce rythme effréné nécessite une extrême précision et vitesse dans les gestes. Une chorégraphie ainsi que les airs d’une flute traditionnelle accompagnent les vibrations des percussions. De cette mise en scène se dégage un sentiment de puissance et d’union.

 

Cette palette d’artistes très variés a su s’approprier cet espace atypique pour en faire un atout dans leurs performances. Nous ne pouvons que trop recommander ces artistes de talent qui nous ont offert un spectacle épatant, tout dans la simplicité et l’émotion.

 

Programme du festival et infos sur : www.antigel.ch