16.02.2012

Le territoire et le temps

Texte de Lena Würgler | Photos de © Joëlle Misson
Jeudi matin, deux intervenants, Monsieur Luc Gwiazdzinsky, de l'Institut de géographie de Grenoble, et Monsieur André Thibault, directeur de l'Observatoire québécois des loisirs, se sont penchés sur la question de la relation entre le temps et l'espace.
Photo: © Joëlle Misson

 

Tous deux ont relevé des problèmes communs à  l’évolution des villes par rapport au temps et à  l’espace. Tout d’abord, de plus en plus de gens connaissent des problèmes de temps ; cette dimension du quotidien est une question d’actualité pour tous. En effet, plus personne ne supporte les délais, plus personne n’a de temps pour soi. Au niveau de l’espace, la ville se fragmente, les liens entre les habitants se coupent, l’individualisation devient chronique. Face à  ce problème, les deux conférenciers soulignent des adaptations en cours ou proposent des solutions diverses.

 

Luc Gwiazdzinsky appelle à  changer son regard sur la ville, et à  la voir comme une pulsation, comme un espace en mouvement. Il faut l’étudier comme une entité en trois dimensions, où le temps et l’espace sont pris en compte. Pour ce faire, il utilise des cartes graphiques, animées. Au-dessus de la carte, le temps est affiché et avance. En même temps, sur la carte, apparait l’évolution du sujet étudié. Par exemple, les magasins ouverts. Quand le temps affiche 06h00, aucun magasin n’apparait sur la carte. En revanche, à  midi, le plan se remplit de points noirs indiquant les commerces ouverts. Ces interfaces graphiques semblent une solution appropriée pour analyser la ville au travers des dimensions de l’espace et du temps.

 

Luc Gwiazdzinsky relève en outre que les comportements sont en train de changer dans le but de reprendre possession de son temps. Il évoque les « Slow Food » ou le yoga, qui devient à  la mode. D’autres événements permettent aux gens de se réapproprier des temps communs, des temps de rencontre que l’on avait perdus, comme les vides-grenier, les fêtes de voisins, etc. Chacun « peut dire stop ». Chacun peut apporter une réponse individuelle au manque de temps qui lui devient insupportable. Le grand sujet défendu par ce spécialiste des temps et des mobilités est la malléabilité, la polyvalence de la ville. Il propose que des espaces publics ou des bâtiments soient exploités par différents usagers, pour des fonctions multiples, à  divers moments de la journée ou de la semaine afin d’en optimiser l’emploi.

 

André Thibault a lui aussi relevé des problèmes d’espace et de temps : les personnes actives voient leur temps libre diminuer, les aînés ne trouvent pas d’offre de loisirs adaptée à  leur rythme de vie. Et de manière générale, les gens perdent trop de temps à  cause de la « centralisation des services publics et commerciaux ». Au niveau de l’espace, l’éclatement de la ville, sa division en zones spécialisées (zone industrielle, commerciale ou résidentielle), l’inaccessibilité des services et des aménagements sont, selon lui, les gros points noirs actuels. Les offres de service doivent s’y adapter, de manière constante. Pour ce faire, Thibault affirme qu’il est nécessaire que les acteurs de la santé intègrent l’urbanisme et l’espace public. La santé ne doit pas être considérée uniquement comme une « absence de maladie », mais bien comme « l’expression de la qualité de la vie ». De plus, selon lui, « l’urbanisme est trop sérieux pour être laissé aux urbanistes ». Il faut donc que les acteurs de la santé interviennent dans les changements apportés à  l’environnement des habitants.

 

L’un des sujets principaux évoqués par Thibault a été le loisir, un instrument fédérateur selon lui, d’autant plus s’il est offert par des bénévoles. Le volontariat est une tradition apparemment importante au Canada, puisque les Loisirs Publics du Québec comprennent 800’000 bénévoles (c’est-à -dire 10% de la population du Québec), rassemblés en 16’000 associations. Ainsi, les gens deviennent les acteurs de leurs loisirs et non plus de simples consommateurs. Cette alliance entre le bénévolat et les loisirs permet d’éviter la solitude, de se sentir utile tout en participant à  la vie sociale. Le loisir permet, au fond, de contribuer au bien-être et à  la qualité de vie des habitants, et le bénévolat à  leur intégration sociale et à  leur valorisation personnelle.

 

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