Culture | 23.01.2012

Millenium vs Millenium

Millenium ou la série de livres au succès international. Le monde du cinéma n'a donc pas attendu et a sauté sur l'occasion pour nous offrir une première adaptation de Niels Arden Oplev, un réalisateur danois. Presque trois ans plus tard, David Fincher a décidé d'adapter le premier volet à  sa propre sauce, à  savoir la sauce américaine. Mais était-ce bien nécessaire de sortir deux films sur la même histoire ?
Noomi contre Rooney pour une seule histoire (image: http://madame.lefigaro.fr)

L’histoire d’abord : Mikael Blomkvist est un journaliste économique pour le magazine suédois Millenium. Il est condamné pour diffamation et décide de prendre de la distance avec son journal. Il s’installe donc dans le nord de la Suède sur l’île isolée d’Hedebyön, , où Henrik Vanger, un gros industriel, lui a demandé de se rendre pour élucider l’affaire de sa nièce Harriet Vanger. Elle a en effet disparu à  l’âge de seize ans et Henrik pense qu’elle a été assassinée par un membre de sa famille, quarante ans auparavant. Mikael se lance donc dans ses recherches et patauge un peu. Mais une jeune hackeuse hors-paire, totalement asociale et très sombre, Lisbeth Salander, va croiser sa route et l’aider dans ses recherches. Au cours de l’enquête, le duo déterrera haines familiales, secrets de familles et découvertes étonnantes et surtout macabres.

 

Qui dit réalisateurs différents dit interprétations différentes. Et donc films différents, bien qu’ils soient basés sur le même livre. Voici donc une comparaison de ces deux thrillers qui font hurler les fans.

 

Tout d’abord, les personnages :

Dans la version suédo-danoise, on voit un Mikael Blomkvist plutôt vieux, qui semble réellement cassé par son procès et perturbé par quelque chose qu’on ignore. Il est incarné par un acteur suédois : Michael Nyqvist. Le Mikael américain est tout autre : Interprété par Daniel Craig, le dernier James Bond, il parait déjà  beaucoup moins vieux. Il semble néanmoins extrêmement fatigué par ses déboires juridiques et en est très touchant.

Au tour de Lisbeth : La suédoise est campée par une Noomi Rapace inconnue. Mais elle n’en est pas moins incroyable. Jouant à  la perfection une jeune fille écorchée vive, rebelle de la société, on comprend tout de suite que la vie n’a pas dû être tendre avec Lisbeth. L’américaine est interprétée par Rooney Mara, tout aussi inconnue. Mais dans cette version, Lisbeth semble moins marquée par ce qu’elle a vécu. Elle se rapproche trop et trop vite de Mikael, comme si elle avait oublié tous ses déboires. Elle montre trop ce qu’elle ressent alors qu’elle semble être une carapace fermée au premier abord et en devient presque moins touchante.

 

Le déroulement de l’enquête :

David Fincher a décidé de mettre l’accent sur les recherches et de montrer la difficulté qu’ont les deux enquêteurs à  trouver quelque chose. Ce qui est beaucoup moins présent chez Niels Arden Oplev. En revanche le rôle de Lisbeth Salander dans certaines découvertes est minimisé chez l’américain, qui accorde plus d’importance à  Mikael. On pourrait presque dire que Lisbeth est plutôt un personnage secondaire. Le duo Mikael-Lisbeth se forme d’ailleurs beaucoup plus tard chez Fincher que dans la version suédoise, dans laquelle Lisbeth est mise en avant grâce à  ses découvertes et sa manière d’aider Mikael.

 

Les relations entre les deux personnages et avec leurs entourages :

Dans l’adaptation américaine, on rencontre l’entourage de Mikael. Sa fille, sa maîtresse, son ex-femme, ses collègues de bureau. On entrevoit un peu sa vie et on remarque qu’il est distant avec un peu tout le monde. Le film suédois nous fait vaguement comprendre ses relations difficiles, sans pour autant nous les montrer explicitement.

Dans la version suédoise, on voit Lisbeth parler avec sa mère et on comprend que son père était une sorte de monstre, sans en savoir plus. Dans la version américaine, sa famille nous est inconnue, en revanche on nous montre beaucoup plus la relation de Lisbeth avec son premier tuteur, très sympathique et qu’elle aime beaucoup, et avec le second, homme détestable et pervers.

Mikael et Lisbeth se rapprochent dans les deux films, mais cette relation est beaucoup plus crédible dans le film suédo-danois. Lisbeth s’attache à  Mikael mais reste très distante et méfiante, cachant ses émotions et sentiments. On comprend que son passé est très difficile à  surmonter. David Fincher met son passé de côté dans leur relation. Ils se rapprochent et Lisbeth devient presque niaise, oubliant presque ses antécédants et se confiant à  Mikael, ce qui amènera évidemment une fin différente dans les deux films.

 

Dernier point important, l’ambiance tout au long du film :

Durant les 2h38 que dure le film, l’ambiance se fait glauque et sombre. Coup de maître réussi en partie grâce à  la bande-son. L’ambiance ressentie montre bien que les personnages sont plus perturbés encore qu’ils ne le paraissent. Dans la version de Niels Arden Oplev, l’ambiance est moins lourde, mais le changement d’atmosphère est d’autant plus marquant lors des scènes de tortures, tout aussi affreuses (et donc extrêmement bien réalisées) dans les deux films.

 

En bref, on ne peut pas désigner un des deux films comme étant meilleur que l’autre, mais on peut préférer certains éléments dans l’une ou l’autre version. Donc oui, les deux films sont bel et bien nécessaires. Un réalisateur à  lui seul n’aurait pas pu montrer toutes les ambiguïtés et les complexités de cette histoire. Encore un petit mot pour vous encourager à  aller voir les deux films et ne pas en préférer qu’un seul : Le générique de début du film américain est absolument magnifique, tout comme le tatouage de Lisbeth Salander dans la version suédo-danoise, un splendide dragon dans le dos qui se prolonge sur la cuisse. Les deux réalisateurs ont donc aussi misé sur le plaisir des yeuxavec réussite.

 

Reste à  préciser qu’il vous faudra tout de même réserver un peu plus de cinq heures pour visionner les deux films… Mais cinq heures passées devant deux splendides films plutôt que de les passer à  zapper devant la télé, cela en vaut très largement la peine !