24.01.2012

« Les jeunes amènent la modernité »

Texte de Joëlle Misson
Lancé par Infoclic.ch, les ateliers "Generaction" démarrent en 2012 en Suisse Romande. Laura Fort, co-productrice du projet nous en dit plus.
"...rassembler les générations, c'est une pierre à  l'édifice de tous les projets intergénérationnels."

Quel est le but de Generaction?

Le but de Generaction est de réunir des jeunes entre 15 et 30 ans et des seniors à  partir de la retraite afin qu’ils élaborent des projets concrets. Le public cible est donc assez large, et tant que les seniors sont en bonne santé, motivés et ont envie de participer, cela suffit.

 

Faut il absolument avoir un projet pour participer?

Il faut avoir soit une idée, une envie, avoir déjà  crée son association, un projet en cours de route bien ficelé ou pas, et rencontrer une situation problématique ou non, une difficulté, une question, qui pourra être travaillée lors de l’atelier, avec l’aide du coaching des seniors.

 

Donc il faut quand même qu’un projet soit lancé pour participer à  Generaction?

Je dirais qu’il faut au moins venir avec une idée, par exemple si on envie de se lancer dans un projet social, qu’on aime mélanger les cultures, le jeune propose au senior de travailler avec lui. Mais il faut qu’il ait au moins un thème, une esquisse. Pas forcément un dossier, ou trop de choses concrètes mais l’envie et une idée. Et puis, on a défini plusieurs thèmes, le projet peut être culturel, artistique, social, environnemental, en lien avec la santé ou la migration, et intergénérationnel, bien sûr.

 

Si j’ai bien compris, il s’agit d’entraide. Donc les seniors sont aussi sensés profiter de l’expérience des jeunes. De quelle manière?

Oui, c’est une très bonne question! On invite également les seniors à  venir avec leurs initiatives et leurs idées. Pour l’instant, de ce que j’ai pu entendre des participants, ils ont plutôt envie de coacher les jeunes et n’ont pas réellement d’idée de projet à  mettre sur pied. Mais on offre aussi ce choix. Si tu es un retraité, tu as une passion pour l’environnement et as besoin de jeunes pour mettre ton projet sur pied parce qu’il s’adresse à  toute la population, c’est aussi une manière pour les personnes plus âgées de profiter de l’expérience des jeunes. Mais rien que de partager ces moments ensemble, que les seniors se sentent utiles envers les jeunes c’est déjà  un grand bénéfice pour les personnes âgées qui ont un vrai besoin de transmettre, d’enseigner et de partager ce qu’ils ont appris pour finalement laisser quelque chose sur cette terre si je peux dire comme ça. C’est ce feedback que j’ai eu des personnes qui se sont inscrites; partage, transmission, et puis passer du temps avec des jeunes. C’est aussi une contagion pour eux, les jeunes sont motivés, frais, et amènent la modernité et c’est un apprentissage pour les personnes plus âgées.

 

Qui fera partie des seniors?

Il y aura des anciens cadres de divers milieux, un ancien chef infirmier du CHUV, une sociologue, un ancien Conseiller d’Etat de la ville de Neuchâtel, une experte dans la recherche de fonds, mais aussi des gens qui n’ont pas précisé quelles étaient leurs fonctions avant. C’est très varié.

 

De quelle manière le contact est-il conservé entre jeunes et seniors?

Il peut être informel. Tout ce qu’il se passe d’informel est un gros avantage pour ce projet, c’est le but pour que les liens se créent. Ce qui est plus cadré et formel de la part des organisateurs, c’est la documentation d’un site internet qui va s’appeler generaction.ch. Il y aura un espace forum, pour que les participants puissent échanger ou poster des messages. Et puis Infoclic se charge de la coordination entre les personnes durant les périodes inter-ateliers.

 

Infoclic.ch dit qu’il est possible avec la collaboration et le soutien des différentes générations de diminuer les préjugés. De quels préjugés est-il question?

J’ai l’impression qu’on s’attaque plutôt aux préjugés qu’ont les seniors envers les générations plus jeunes au niveau du non-engagement, du manque de motivation pour faire bouger les choses. Mais du côté des jeunes, on veut travailler l’aspect «les seniors ne servent à  plus rien». Simplement leur montrer que les seniors sont aussi là  pour leur apporter beaucoup de choses.

 

Penses-tu que le courant passera entre jeunes et seniors à  une époque où les relations intergénérationnelles ne sont pas le point fort de la société?

Oui bien sûr, j’y crois! J’ai eu un super exemple à  Zürich, et ça avait l’air de couler de source. Honnêtement, il y avait une très bonne ambiance, une relation facilitée parce que les seniors aident bien dans le sens où, arrivés à  la retraite avec leurs parcours, ils ont envie de causer de rencontrer des gens, et il n’y a peut-être plus cette barrière comme lorsque l’on est dans la vie active. Quand on est jeunes, on a quand même des choses à  prouver, c’est pas facile d’être avec des adultes. Ici, ce sont les adultes qui vont montrer l’exemple, se lâcher un peu. Et puis ils ont des profils intéressants et les jeunes qui viennent ont envie de recevoir quelque chose donc ils vont se lancer aussi. La motivation est une des conditions pour s’inscrire. J’ai parlé avec tous les participants pour sentir si ce qu’ils s’imaginent correspond à  ce que l’on mettra en place et ça colle.

 

Quelle expérience Infoclic.ch a-t-il déjà  dans le domaine de Generaction? Y en a-il déjà  eu ailleurs et quel a été le résultat?

Ca a déjà  été fait, pas exactement avec la même terminologie ni le même concept mais ça existe en suisse-allemande, notamment à  Zürich où j’ai participé à  un atelier avec le directeur d’Infoclic. C’est avec lui qu’on a monté ce projet, fabriqué un concept en s’inspirant de ce qui se faisait là -bas. Ce genre de projet n’est pas nouveau et existe déjà  en Autriche à  ce que j’ai entendu, et il y a de plus en plus de demandes de coaching gratuit et bénévoles de la part de seniors pour les jeunes.

 

Et ces autres expériences ont-elles été bien reçues?

Oui, justement, ça a rencontré un tel succès que c’est pour cela qu’on a décidé de lancer ça ici. A Zürich, ces ateliers existent depuis 2010, ils font 2 à  3 ateliers par année et à  chaque fois il y a 50 personnes. Ils ont rencontré un grand succès, les gens se voient en dehors des ateliers, ce qui est aussi l’idée; prolonger le lien entre chaque atelier. Les gens peuvent s’appeler, s’écrire, se voir. Nous on donne un peu de structure et après, le but est de lancer la relation.

 

D’après toi quelle est l’importance de la promotion des jeunes en Suisse et comment Infoclic.ch se positionne pour ça?

Mon avis personnel est teinté avec mon avis professionnel parce que c’est ma mission principale. J’adore le slogan d’Infoclic.ch, j’adore cette mission «Promotion de l’Enfance et de la Jeunesse», parce que c’est large et positif. Dans tous les domaines où on peut donner un coup de main, on le donne. Que ce soit une question dans un domaine préventif, de bénévolat, de projet ou gestion de projet, Infoclic se positionne en offrant des outils et/ou une réorientation vers les personnes ou les organismes qui pourront les aider. Pour ça, on a un grand réseau mais aussi des projets mis en place pour offrir des outils, pour que l’enfant ou le jeune puisse lui-même concrétiser ses idées. Apporter aux jeunes les éléments pour que lui-même réponde à  ses besoins, c’est l’objectif principal d’infoclic.

 

Infoclic.ch veut faciliter l’intégration des jeunes dans la société. Cela veut-il dire que les jeunes sont mis à  part, ou alors pourquoi ce but?

L’avantage qu’offre cette association c’est qu’elle considère toujours les jeunes d’un angle positif. On ne va pas, comme certains médias ou d’autres associations, parler des jeunes en mettant en avant leurs problèmes, leurs difficultés, leurs situations catastrophiques à  l’école ou en famille, la violence, et tous ces thèmes qui existent. Infoclic s’est positionné autrement, a mis un autre regard dès le début qui est: les jeunes ont un immense potentiel, beaucoup de ressources donc on va favoriser cet aspect. Quand ça marche bien, et qu’ils arrivent à  concrétiser leurs idées, ça a un éblouissement énorme et une portée très grande. On aide avec nos moyens à  l’intégration des jeunes, en leur offrant des outils et en les orientant là  où ils peuvent trouver des réponses. Ce que l’on fait d’important aussi, c’est donner des informations ou des adresses aux personnes de références, par exemple un enseignant, un parent qui ne sait pas où envoyer son jeune pour apprendre une langue ou n’importe quoi d’autre. On est aussi là  pour ces personnes de références. On offre une plus-value à  intégrer les jeunes en les considérant tous à  pied d’égalité peu importe leur background, origine, couleur de peau ou religion. On est très ouverts, on veut renforcer leurs ressources. Mais Infoclic.ch ne dit pas que les autres les intègrent mal.

 

Et ton avis personnel à  ce sujet?

C’est très vaste, parce que y a tellement de profils, tellement de possibilités. Je pense qu’il pourrait y avoir encore plus pour les jeunes, mais je trouve que la Suisse n’est encore pas si mal lotie. Jai remarqué quelque chose, c’est qu’il y a pleins de projets mis en place mais les jeunes ne sont pas au courant, par exemple, qu’un programme existe où ils peuvent recevoir gratuitement des outils pour créer leur spectacle ou leur festival de rue. Ils l’ignorent complètement, ou ils ne savent pas qu’il existe des Parlements de Jeunes pour dire leur avis ou que les cantons mettent parfois un budget pour financer leurs projets. C’est pour ça que j’aime ce que fait infoclic.ch…

 

Rassembler les générations. Dis comme ça ça semble être un défi! Qu’est-ce qui te fait penser que Generaction fera écho chez les jeunes?

Je vois un double écho: le premier c’est le bénéfice pour leur propre projet, car les seniors sont prêts à  s’investir jusqu’au bout, c’est même une demande de leur part. Et puis l’autre bénéfice, c’est le lien qu’ils peuvent créer avec ces gens. Parfois, il y a des choses magiques qui peuvent se passer, tout simplement de belles rencontres qui pourront mener vers des choses que l’on ne soupçonne même pas. C’est ce que j’aime dans ce projet. On espère que les gens qui participeront iront beaucoup plus loin sans nous, ce sera leur projet. Et puis, je pense que les seniors ont aussi ce double bénéfice d’être en lien avec des jeunes, d’avoir cette fraîcheur, de recevoir et de sentir l’écoute qu’ils auront parce qu’ils pourront expliquer, raconter comment ils ont fait, parler de leurs contacts… Personnellement ce sera bien pour eux, et puis d’un autre côté ils vont pouvoir réaliser un projet avec un jeune jusqu’au bout. Alors rassembler les générations, oui c’est un défi, c’est le but ultime, c’est l’idéalité du projet mais c’est aussi une pierre à  l’édifice de tous les projets intérgénérationnels. Et puis, on essaie d’aller dans le sens de 2012, qui est l’Année Européenne du Vieillissement Actif et de la Solidarité Intérgénérationnelle. Donc c’est aussi se porter dans la vague.

 

Premier atelier: fin février- début mars (date pas encore définie)

Coût: Aucun

Lieu: Neuchâtel, Av. des Sablons 2.

Lien: http://www.intergeneration.ch/generaction (en attendant l’ouverture du site officiel generaction.ch)