Culture | 31.01.2012

Danser la contradiction

Texte de Juliette Ivanez
Depuis lundi et la soirée d'ouverture menée par Pete Doherty, le festival Antigel bat son plein. Annoncé en grandes pompes sur les murs de la ville depuis plusieurs semaines déjà , impossible que vous n'en ayez pas (encore) entendu parler.
"Being Together without any Voice", 2010 (photo par Bart Grietens) "Montage for Three", 2009 (photo par Vincent Jeannot ; images tirées de dlinehan.wordpress.com)

Mais avez-vous remarqué qu’ici, il ne s’agit pas que de musique ? A prononcer les mots « danse contemporaine » ou « performance », il n’est pas rare de perdre la moitié du public potentiel en chemin. Mais qu’à  cela ne tienne : le festival revendique sa diversité et les multiples axes culturels qu’il explore.

 

La danse tiens, puisqu’on en parle. Et le chorégraphe Daniel Linehan, puisqu’il a fait le voyage depuis New-York pour venir se produire dans notre ville. Son nom ne vous dit probablement rien ; j’étais dans le même cas jusqu’à  très récemment, mais il parait que ce gars-là  gagne à  être connu.

 

Dans son dernier spectacle « Zombie Aporia », qui sera présenté jeudi, vendredi et samedi soirs dans le cadre du festival, le jeune artiste de 29 explore la contradiction sous toutes les coutures. « Zombie signifie mort-vivant. Aporia : une contradiction logique. Le titre Zombie Aporia place une référence à  la culture pop devant un terme philosophique. Zombie + Aporia = 2 mots qui – selon Google – n’avaient jamais été unis avant que nous décidions de le faire. Notre point de départ a été de créer des formes hybrides, d’unir des termes contradictoires, d’assembler des rythmes contrastés dans le but de créer des monstres performatifs » (source : site officiel). Avec la frénésie d’un concert de rock, de courtes pièces de danse s’enchainent ; et on ne situe plus très bien au final la frontière entre le corps, la voix, la scène, le public.

 

En définitive, tenter de mettre des mots sur le travail de ce chorégraphe de talent ne serait qu’une contradiction de plus. Je suis convaincue qu’au milieu d’un quotidien frénétique où l’on ne prend plus vraiment le temps de vivre, s’abandonner à  l’art le temps d’une soirée peut être très salvateur. Et s’il ne s’agit pas de cela, la pure curiosité devrait suffire : il se murmure qu’on ne ressort pas indemne d’un spectacle de Daniel Linehan. Pour les amateurs, notez qu’une petite partie seulement de la programmation « Danse » du festival vient d’être abordée dans ce texte. Si l’on ne peut pas écrire sur tout le monde, on n’en oublie pas pour autant les spectacles de la Compagnie Marie Chouard (2,3 et 4 février), Rocio Molina (6 février) qui du haut de ses 23 ans règne déjà  sur le flamenco, ou encore le Marathon de la danse (3 février), ouvert à  tous et qui promet une nuit de swing assez mémorable. La frustration, c’est le sentiment qu’à  Antigel chaque soirée vaut vraiment le détour. Bon festival !

 

« Zombie Aporia » de Daniel Linehan

Jeudi 2 février à  20h30

Vendredi 3 février à  20h30

Samedi 4 février à  19h

 

ADC – Salle des Eaux-vives

 

 

Festival Antigel, du 30 janvier au 12 février à  Genève et communes environnantes

Programme complet et billetterie sur www.antigel.ch