Culture | 12.12.2011

Polanski et son carnage du politiquement correct

Le principe est simple: une tarte, des cafés, une tension latente, quelques affirmations sous-entendues,et hop! On se retrouve en train de se crêper le chignon avec le couple qu'on avait très aimablement invité chez nous, histoire de résoudre une petite bagarre entre enfants. Mais comment est-on arrivés à  ce point de non-retour?
"... Polanski fait ce qu'il fait le mieux: il crée une atmosphère claustrophobe et inquiétante"

Cela ne doit sûrement pas être une coïncidence que Roman Polanski ait décidé de faire un film sur quatre personnes maintenues dans un appartement par des forces invisibles, alors qu’il était lui-même assigné à  résidence à  Gstaad. Au-delà  de ses conflits personnels, le réalisateur franco-polonais profite bien de son exil des États-Unis en effectuant un projet à  90% de plans intérieurs. Avec un chef décorateur comme Dean Tavoularis (Le Parrain, Apocalypse Now), c’est facile de faire passer un appartement parisien pour un new-yorkais. Petite tricherie qui montre cependant les envies du réalisateur de laisser à  découvert les bassesses de la classe urbaine moyenne/haute nord-américaine.

 

Et pour les montrer, il suffit d’une situation de départ assez courante pour les familles avec enfants. L’excuse du rendez-vous est l’agression physique de l’enfant du couple invité sur celui du couple hôte lors d’une dispute au parc. Mais l’idée n’est pas de Polanski: il s’agit de l’adaptation au cinéma d’une pièce de Yasmine Reza qui a été jouée en allemand, français, anglais et espagnol.

 

Carnage est, comme tant d’autres films aujourd’hui inspirés de la BD, des jeux-vidéo, des romans ou, dans ce cas, du théâtre, une adaptation au cinéma d’un scénario préexistant. C’est aussi un exemple de plus dans un contexte de post-fiction ou de fiction qui ressemble à  la réalité et vice versa. Et, selon Freud, ce serait une histoire de perte du contrôle de l’inconscient, de quatre adultes qui voient leur masque de bourgeois bien-pensant voler en éclats.

 

Des masques qui craquent crescendo sous la spirale du chaos provoquée par une répétition cyclique de certains éléments. Dans Carnage, aucun mot, geste, grimace, appel téléphonique ou remarque ne sont laissés au hasard. Voici le boulot du réalisateur, qui a préféré rester simple dans les possibilités que lui offre le cinéma (sans altérations chronologiques ni grands feux d’artifice), afin de mettre en avant les magnifiques interprétations du quatuor d’acteurs et un décor méticuleusement préparé.

 

Avec ces éléments, Polanski fait ce qu’il fait le mieux: il crée une atmosphère claustrophobe et inquiétante. La conversation que personne ne veut finir pour des raisons de courtoisie, l’ascenseur qui n’arrive jamais…Et tout ça dans une comédie! En même temps, son film a beaucoup de la tragédie la plus classique: des personnages qui se croient supérieurs à  la situation à  laquelle ils doivent faire face, une fin sombre et la présence d’un prologue et d’un épilogue bien distincts du reste. Dommage que malgré tout cela le spectateur ne puisse pas se séparer de l’impression qu’il assiste à  une pièce de théâtre.