Culture | 12.12.2011

«Marche ou crève! Et garde la pêche». Ma rencontre avec Booba.

Texte de Marie Fall | Photos de Creatine Pictures
A l'occasion de la sortie de sa mixtape "A4" le "Boss du Rap Game" nous a honorés de sa présence en proposant un concert exceptionnel au D! Club samedi 3 décembre.
"Je ne me plains pas, j'avance et j'essaie de faire les choses intelligemment, d'être bien entouré." (photo © Creatine Pictures)
Photo: Creatine Pictures

Après plusieurs tentatives et de multiples échecs, Booba a enfin donné son accord pour une interview. C’est ainsi que je me rends à  son hôtel à  18h20 précises ; mais ce n’est qu’à  partir de 19h que l’artiste et son manager daignent sortir de leur somptueuse suite pour rejoindre leur équipe. Chaleureuses salutations suivies d’un coup de théâtre ! Le moment que j’attends depuis trois ans a été annulé faute de temps. Mais Booba en vrai gentleman accepte une entrevue dans sa chambre.

Vous êtes peu présent à  la télé, vos clips ne sont diffusés pas avant 22h sur certaines chaines musicales pourtant vous êtes le numéro un du rap français. Comment en êtes-vous arrivé à  ce stade ?

Je pense être arrivé à  ce stade à  force de travail et de bonne musique. Je me permets de dire «bonne musique» parce que j’arrive à  la vendre. Malgré les barrières, les bâtons dans les roues, on a toujours continué à  faire la musique qu’on aimait, à  balancer nos clips sur internet. On a réussi à  acquérir un public. En dépit du boycott qu’il peut y avoir en France, il y a quand même des gens qui nous suivent.

Nessbeal a annoncé qu’il arrêtait le rap car il ne vend pas assez de disques. Qu’en pensez-vous ?

Quand j’ai commencé le rap, à  l’époque de « Lunatic », j’avais écrit une phrase qui disait « Si ça marche pas, j’arrête… ». Alors je comprends son choix. Le rap c’est bien, c’est un hobby. Mais arrivé à  un certain âge, il faut pouvoir vivre de sa musique. Faire du rap prend beaucoup de temps, donc si tu n’arrives pas à  en vivre, il faut passer à  autre chose. Je peux comprendre sa réaction ; mais peut-être qu’il reviendra sur sa décision, on ne sait jamais…

Vous avez enregistré un son avec Zaho, qui était pour le peu très attendu. Pourtant, il n’est jamais sorti. Pourquoi ?

Le son avec Zaho n’est jamais sorti car je pense que je n’en étais pas satisfait à  100% à  l’époque. Je n’avais pas eu le temps d’en refaire un, donc j’ai préféré ne pas le sortir.

Cependant, pensez-vous déjà  au prochain album ?

Je suis déjà  en train de bosser dessus depuis un moment. Dans le même temps où je faisais « A4 », je travaillais déjà  sur le suivant. J’ai des morceaux enregistrés, je suis à  fond dedans en fait !

Booba ne s’arrête-t-il donc jamais ?

En fait, non ! Tant que mon coeur bat, que j’ai un public et que l’inspiration est là  surtout! Vous avez fait allusion au fait que je passais très peu sur les chaines télévisées. Ce n’est plus comme avant ! De nos jours, il se passe tellement de choses qu’il faut être plus productif. Tu ne peux pas te permettre de te reposer pendant deux ans avant de sortir un album. En plus, le rap est une musique qui évolue super vite donc il est nécessaire d’être tout le temps à  la page.  Un peu comme un boxeur, il faut toujours défendre sa ceinture. Tu ne peux pas prendre la ceinture de champion du monde et vouloir combattre dans deux ans. Si tu fais ça, que tu refuses le combat en boxe, on t’enlève la ceinture ; pour le rap, c’est la même chose.

Vous avez votre propre label. A qui faut-il s’adresser pour envoyer une démo et faire partie des poulains de Booba ?

Si on veut faire parvenir une démo, il faut aller sur le site www.unkut.fr et par ce biais envoyer sa musique.

D’accord ! Mais qui se charge d’écouter ce que l’on vous envoie ?

Ce sont des gens de mon équipe! Ils me transmettent toujours le message. Et c’est comme cela que je découvre des beatmakers, des chanteurs, etc.

Vous êtes le Puff Daddy francophone. Marque de vêtements, labels, etc. Pensez-vous ouvrir votre propre chaine de restaurant ?

Je n’en suis pas encore là  ! De toute façon, je pars du principe que je n’ai pas de diplôme : je n’ai que ma musique, mon physique, mon cerveau.

…vous avez tout de même un BEP vente !

C’est vrai, j’ai un BEP vente ; j’ai un esprit de businessman. On ne va pas se mentir, je fais les choses de telle manière qu’elles fonctionnent. Mais je fais aussi les choses bien pour ce que j’apprécie, comme la musique. Comme j’ai dit tout à  l’heure, je fais de la musique pour qu’elle me rapporte de l’argent, mais pas seulement pour cette raison. En fait je fais de la bonne musique pour faire du bon argent : pour moi ça va ensemble. Si je me sens capable d’ouvrir un bon restaurant, et que les gens apprécient, pourquoi pas. Je ne le ferais pas juste pour ouvrir un restaurant. Si je peux faire quelque chose de qualité je le ferai, tout comme les vêtements qui sont une passion ; on peut voir d’ailleurs que je fais des produits de qualité. D’ailleurs, il est beau mon t-shirt non ?

Dernière question, Booba quelle est votre philosophie ?

Ma philosophie ? Marche ou crève…

…gagne ou sois vaincu !

Elle est bien celle-là  ! Une philosophie, c’est dur à  trouver de suite. J’en ai plein en tête. En tout cas, je ne me plains pas, j’avance et j’essaie de faire les choses intelligemment, d’être bien entouré. Je travaille dur ; et c’est aussi important de se remettre en question. Dans la musique, il y a beaucoup de gens qui sont entourés par de mauvaises personnes, et qui disent oui à  tout. Ces gens-là  s’emballent et ne prennent pas de recul : ils sortent des disques qui ne se vendent pas, et après s’étonnent de leur échec. Donc déjà , il est important de se connaître soi-même. Il faut prendre beaucoup de recul ; car si tu veux faire du rap, il faut être sûr que c’est pour toi que tu choisis cette voie. Je pense que ma philosophie serait avant tout d’apprendre à  connaître qui l’on est et savoir ce que l’on aime. Ça a l’air bête comme ça, mais ce n’est pas évident ! Si tu fais ce que tu aimes, que tu gagnes beaucoup d’argent ou pas, ça t’aidera à  être bien dans ta vie. Savoir ce que l’on aime, se fixer un but et après tout faire pour y arriver. Marche ou crève! Et garde la pêche.

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