12.12.2011

L’islamisme, seule voie pour l’Egypte ?

Texte de Nicolas Vodoz | Photos de youthmedia.eu
Samedi 10 décembre, les manifestants ont décidé de rouvrir la place Tahrir à  la circulation, mettant ainsi fin à  un sit-in de 3 semaines. Est-ce le signe que le printemps égyptien ferait place à  un hiver radieux ? Tout dépend si l'on se place du point de vue des Islamistes, des militaires ou des libéraux.
"85% de la population estime que l'Islam joue un rôle positif dans la politique."
Photo: youthmedia.eu

Lors du premier tour des élections parlementaires du 28 novembre, les Frères musulmans ont raflé 46% des sièges, tandis que les Salafistes arrivés deuxièmes en obtiennent 21%. Le principal parti laïc ne récolte que 10% des suffrages. Après les deux prochains tours du 14 décembre et du 3 janvier, les islamistes pourraient représenter jusqu’à  deux tiers du Parlement Egyptien. Ces résultats s’expliquent par le rôle important que jouent les islamistes dans la société égyptienne. Dans certaines régions reculées et pauvres, ils fournissent souvent de l’aide aux plus démunis. De plus, les Frères musulmans, comme les Salafistes, affichent une haine inconditionnelle pour la corruption, ce qui séduit un grand nombre d’Egyptiens.

Cependant, beaucoup de libéraux et de coptes – minorité chrétienne qui représente 10% de la population – ne font aucune différence entre les deux partis. Ils craignent qu’une fois les élections terminées, ils excluront les laïcs du gouvernement. Mais ceci est peu probable. Les Frères musulmans ont toujours promis qu’ils travailleraient à  améliorer le droit des femmes et des minorités religieuses, et n’imposeraient ni le port du voile, ni l’interdiction de l’alcool.

Alors que les Salafistes sont favorables à  une alliance pour déterminer un agenda islamiste, les Frères musulmans semblent plutôt se tourner vers le centre, afin de relancer l’économie et de rester en bons termes avec l’armée et les Etats-Unis. Au pouvoir depuis la chute de Mubarak en février 2011, l’armée a été passablement critiquée pour sa mauvaise gestion de la transition. En novembre dernier, la répression contre les manifestants a fait des dizaines de morts et de blessés. Après la publication des résultats qui donnaient les islamistes gagnants, le général Tantawi – actuel chef de l’armée et de l’Etat – a annoncé que le nouveau Parlement n’aura aucun pouvoir sur la rédaction de la nouvelle Constitution. Remettant même en question la validité de l’élection, il affirme que «les Egyptiens n’éliraient jamais quelqu’un qui menacerait les intérêts, l’économie et la sécurité du pays».

Cet ancien proche de Mubarak se trompe et répète la même erreur que tous les gouvernements successifs ont commise : celle de ne pas reconnaître l’aspect très conservateur et profondément religieux de la société égyptienne. Selon un sondage du Pew Research Center (un think tank) mené en décembre 2010, 82% des Egyptiens seraient favorables à  la lapidation en cas d’adultère. Selon cette même étude, 85% de la population estime que l’Islam joue un rôle positif dans la politique.

De tels chiffres laissent peu de place à  l’instauration immédiate d’une démocratie de type occidental. Les libéraux égyptiens ont désormais le choix entre soutenir les militaires pour éviter un raz de marée islamiste, ou s’allier aux Frères musulmans et respecter le choix des électeurs. Une alliance de ce type garantirait un retour à  la stabilité et permettrait une relance économique. C’est alors qu’avec le temps, les idées les plus libérales et progressistes qui ont fait vibrer la place Tahrir, se mettront à  circuler dans les régions les plus reculées du pays.