05.12.2011

La révolution des révolutions

Texte de Doryan Givel
Quel est le point commun entre le printemps arabe et le mouvement des indignés ? L'opposition d'une majorité de la population contre l'élite bien sûr. Mais plus intéressant, ces deux mouvements ne sont pas emmenés par des leaders charismatiques ou idéologiques. Des foules sans maitres à  penser, voilà  qui est symptomatique de notre monde actuel dans lequel tout individu peut engendrer le changement.
(image : democraticunderground.com)

 

Révolution ! Si l’on devait retenir un mot représentatif du monde en cette année 2011, ce serait celui-ci. Le printemps arabe a contribué à  placer ce phénomène sur le devant de la scène, mais il est intéressant de voir que le mouvement des indignés qui se propage depuis quelque temps dans notre monde occidental lui est très semblable notamment sur un point : l’absence de leaders.  Cette singularité est presque unique dans notre histoire, beaucoup de révoltes ont commencé sans véritables chefs de troupes, mais la continuité vers une révolution complète, sans idéologie incarnée par quelques hommes charismatiques est beaucoup plus rare. Le printemps arabe est donc une véritable révolution des révolutions !

 

Pour comprendre un tel phénomène, il faut s’intéresser à  quelques penseurs qui avaient anticipé ce changement. Zaki Laïdi par exemple, politologue français, avait écrit en 1997 un livre sur le «temps mondial»; d’après lui la chute du mur de Berlin a fait basculer l’humanité du «monde des Etats» au «monde des individus». Les individus auraient maintenant le pouvoir d’influencer le monde en marge des Etats. Cette émancipation de l’individu serait accentuée par les nouveaux modes de circulation de l’information qui font disparaitre les frontières et encouragent la propagation des idées au travers de l’humanité. L’épidémie de révolutions dans le monde arabe montre bien cette absence de limites nationales dans la circulation d’un esprit révolutionnaire contre les dictatures, repris par chaque peuple. Le mouvement des indignés est lui aussi transnational et universel.

 

En 2000, Miguel Benasayag présentait dans son livre Du contre-pouvoir une analyse des changements de forme de contestation dans le monde actuel. Son hypothèse est que les révolutions ne se font plus de «haut en bas» comme avait tenté de le faire Che Guevara avec un coup d’Etat en Bolivie, mais plutôt de «bas en haut» avec des mouvements de masse, de terrain, sans utopie idéologique. Le seul but de ces contestations serait le changement face à  une situation inacceptable, mais l’idéologie des révolutionnaires serait beaucoup moins précise et utopique, ce qui laisse une marge de manŠ«uvre aux foules. Cette hypothèse se confirme au travers des deux cas que l’on observe aujourd’hui. Les révolutions arabes se battent contre la dictature et pour une idée de démocratie assez floue, et c’est justement cette incertitude qui a permis de rassembler autant de monde dans les rues. Pour le mouvement des indignés, aucune idéologie précise n’est acceptée par tous les participants, seule une indignation contre le système économique actuel rassemble les manifestants.

 

Il est intéressant de voir que l’on se bat donc moins «pour» une idéologie, mais «contre» un système, cette forme de subversion étant sans doute la plus efficace car très dure à  contrer pour les gouvernements. Il était facile de faire assassiner Che Gevara pour mettre fin à  son mouvement en Bolivie, mais il est très difficile pour Bachar Al-Assad de contrer la révolte actuelle dans son pays. Comme l’avait annoncé le groupe de pirates Anonymous, un autre mouvement  contestataire sans leaders, « You can’t arrest an idea» : voilà  toute la force de ces mouvements sans leaders.

 

Pour conclure, on peut terminer par cette vision de Immanuel Wallerstein, sociologue américain qui prédit la fin du capitalisme et analyse notre monde actuel comme une période de transition vers un autre système que l’on ne peut prédire. Selon lui c’est en ce moment que les individus ont le plus d’influence par leurs actions sur le changement ; un message d’espoir pour chaque personne qui veut faire bouger les choses. Alors, indignez-vous ! Agissez en faveur de la société dans laquelle vous voulez vivre et ne laissez pas passer cette chance de façonner le monde de demain par vos actions.

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