Culture | 05.12.2011

La couleur des sentiments: Noir n’est pas une couleur

Pleurer est quelque chose qu'on ne veut pas montrer. Et je crois qu'une salle de cinéma est le meilleur endroit pour le faire en paix. Et s'il est bien un film à  faire sangloter, c'est celui-ci.
L'affiche du film "La couleur des sentiments" (image: cinemactu.com)

Comment une femme célibataire de la ville Jackson dans le Mississippi sous la ségrégation raciale dans les années 60 peut-elle avoir de la compassion pour les bonnes noires. Ou bien même décider d’écrire un livre de leur point de vue ? Tout simplement parce qu’elle a été élevée par l’une d’entre elles et qu’elle l’a profondément aimée. Parce qu’elle ne comprend pas cette injustice. Comment ces femmes qui sont considérées comme de simples objets pouvant être léguées dans un testament et n’ayant même pas le droit d’utiliser les toilettes de leurs « maîtres » peuvent-elles s’occuper des enfants de ceux-ci à  plein temps ? Comment ces enfants qui aiment tellement leur nounou peuvent-ils devenir des maîtres aussi méchants et impitoyables que leurs parents quand il s’agit de confier leur propre progéniture?

 

A Jackson, toutes les femmes sont mariées et ont des enfants, mais pas question de s’occuper de ces petites choses. C’est le travail des noires. Sous-payées, maltraitées, insultées, humiliées ; la vie est pour elles aussi sombre que le cŠ«ur des gens qui les exploitent. Mais Skeeter, elle, n’est pas mariée, et elle n’a pas d’enfant non plus. Juste une incroyable incapacité à  accepter l’injustice. Et c’est ainsi que naît le livre The Help, un récit des destins et histoires de ces bonnes, à  rien faire selon tellement de gens. Adapté du véritable livre The Help, ce film fait partie de ceux pour lesquels on est heureux d’avoir payé 15 francs, voire 18.

 

On ne peut pas dire que l’on ressorte avec une réelle conscience des horreurs qui ont pu se passer et une envie de faire le bien dans le monde, mais on se sent en tout cas misérable. Comment puis-je me plaindre après avoir vu, et surtout réalisé, ce que ces gens vivaient ? Les réalisateurs ont l’art de savoir comment toucher le spectateur. Deux trois violons, un personnage qui pleure et son meilleur ami qui meurt, et on se dit « Oh, c’est triste ! »

 

Mais là  tout est différent. La seule chose que je sois capable de me dire est « je suis triste ». Quelqu’un d’aussi sensible que moi n’y coupera pas, on a l’impression de vivre ce que vit le personnage que l’on suit. On sait ce que pense la bonne Aibileen sans qu’elle n’ait rien à  dire. On pleure avec elle à  la mort de son fils, comme s’il s’agissait de notre fils. On pleure même quand ces bonnes si attachantes vivent un moment de joie, parce qu’on comprend que le bonheur est si relatif. Leur bonheur se trouve, se cache même, dans une petite église au milieu du gospel, le nôtre dans l’acquisition du dernier gadget hi-tech à  la mode. C’est tellement dérisoire qu’on en vient à  avoir honte de notre propre bonheur, si superficiel.

 

Alors même si vous n’êtes pas sensible, même si vous pensez ne pas être superficiel, même si vous pensez tout savoir sur la ségrégation raciale, allez dans cette salle sombre et laissez vous submerger par vos sentiments. Personne ne regarde, personne ne juge. Pleurer, ça fait du bien. Surtout quand c’est pour quelque chose de si profond. C’est un délice. Le fin mot de cette histoire serait que les sentiments ne devraient pas avoir de couleur, et la couleur ne devrait pas être privée de sentiments.