Culture | 05.12.2011

Filmar en América Latina, part 2

Texte de Leti Torri
Après le Chili et l'Argentine la semaine dernière, les cinémas espagnol et péruvien sont maintenant à  l'honneur : rétrospective sur le festival Filmar en América Latina, qui s'est déroulé à  Genève du 21 octobre au 22 novembre dernier.
"Chico y Rita" de Fernando Trueba et Javier Maiscol "Octubre" de Daniel et Diego Vega (photos : filmar.ch)

 

 

Chico y Rita (de Fernando Trueba et Javier Maiscol, Espagne, 2010)

Cette animation reflète bien les relations américaines et caribéennes ainsi que tout le rêve qu’inspiraient les Etats-Unis aux cubains. C’est l’histoire d’un coup de foudre tantôt amoureux mais aussi musical qui liera Chico et Rita toute leur vie. Un très joli hommage à  Bebo Valdes, grand pianiste et compositeur cubain. Deux réalisateurs espagnols passionnés par Cuba et par le jazz dont ce film est un mélange parfait.

 

L’intrigue :

L’animation est riche en couleur, en danse et musique qui dégage chaleur, amour et sensualité. Rita, une femme très sensuelle à  la voix exceptionnelle, va tout de suite séduire Chico, un grand pianiste de l’ombre. Il va vouloir former un duo avec Rita afin de gagner le concours de la Radio Azúl, fréquence très écoutée et populaire à  Cuba. Rita y Chico deviennent un duo exceptionnel et passionnel ; mais la vie va les séparer. Rita part à  New York, repérée par un riche businessman qui la rendra célébrissime aux Etats-Unis ; mais elle sera amoureusement malheureuse. Chico, resté au pays, rejoindra plus tard New York ; mais sa carrière ne sera pas si fulgurante que celle de sa bien-aimée, bien que plus durable. Toujours en musique, la projection se fera dans l’attente que ces deux amants se croisent, s’enlacent pour mieux se séparer. Un « the end » émouvant et espéré.

 

Le petit plus :

Choisir une animation permet aux artistes de jouer avec les couleurs comme par exemple, Cuba très coloré, ensoleillé et jovial contre New York gris, blanc et triste. Si l’un ne peut leur apporter gloire et argent, à  l’autre font défaut la chaleur, l’ambiance et le rythme.

 

Verdict :

Pour les sceptiques de l’animation, ce film est émouvant et réel. L’histoire est racontée du point de vue du vieux Chico à  travers des flashbacks pour finaliser sur un présent délicieusement touchant. Ce sont souvent les femmes qui racontent leurs histoires d’amour, leurs rencontres, leurs séparations, leurs peines et joies. Mais là , nous voyons tout du point de vue de Chico et nous sommes nous-mêmes séduits par Rita. L’attente de Chico devient la nôtre, son affection pour elle est aussi la nôtre, il nous envoute, nous invite dans son monde, dans son intimité, son vécu, et cela rend ce film attachant dans l’hommage rendu à  Bebo Valdés à  travers ce pianiste cubain, Chico. En arrière-fond, nous pouvons constater la ségrégation spatiale présente dans les années 1940-1950 où les cubains « trop foncés » ne pouvaient entrer dans certains établissements réservés aux blancs ; mais où les artistes sont noirs.

 

Octubre ( de Daniel et Diego Vega, Pérou, 2010)

Une fiction sur un homme qui a repris le travail de son père et qui est prêteur sur gage. Octubre (Octobre en français) est très centré sur lui-même, égoïste, peu expressif et radin ; mais son destin changera quand une prostituée lui laissera un enfant sous-entendant qu’il en est le père. Autour de ce personnage se développe une problématique du monde de la prostitution où les femmes circulent d’un bordel à  un autre et où toute information est payante.

 

L’intrigue :

Octubre n’est pas un homme charismatique ni attachant, au contraire. C’est un prêteur sur gage froid, apathique et renfermé sur lui-même. Il aime particulièrement se payer les services de prostituées. Tout change pour lui, comme pour nous, quand l’une d’elles lui laisse un enfant qui va tout faire basculer. Pour s’en sortir dans son travail mais aussi dans sa vie quotidienne, il devra faire appel à  une voisine qui viendra s’occuper du bébé ; mais qui prendra également soin de Octubre et d’un de ses clients. Trois histoires qui s’entremêlent dans une même intrigue, toutes réunies par Sofia (la voisine), une femme très croyante et attachée au personnage principal. Une fin ouverte mais sans suspense clôt le scénario chaotique dans lequel un homme radin devra payer toutes sortes d’informations pour retrouver la mère de l’enfant afin de ne plus être responsable de lui.

 

Verdict :

Un rythme relativement lent, une histoire hors normes et un personnage principal peu sympathique. Nous pouvons entrapercevoir les problématiques de la corruption dans le milieu hospitalier à  travers l’un des personnages ; mais aussi les problèmes liés à  la pauvreté du pays et au métier d’Octubre. Un film dénonciateur mais auquel il manque un brin d’action pour le rendre réellement bon et intéressant du début jusqu’à  la fin.