Culture | 12.12.2011

« Carnage »

Texte de Anne Maron
Quatre acteurs et un salon. C'est ce qui vous attend dans le dernier film de Roman Polanski.
"Polanski [...] à  travers ses films a souvent laissé paraître son scepticisme envers la nature humaine." (photos : allocine.fr)

Le pitch est simple : deux couples se réunissent pour tenter de résoudre l’altercation qui a opposé  leurs enfants. Avec une grande courtoisie, Penelope et Michael Longstreet accueillent Nancy et Allan Cowan dans leur appartement pour finalement n’en plus ressortir. Tout commence avec des sourires, un bon crumble et des jolies tulipes. Mais petit à  petit, les personnalités se révèlent, la tension se fait sentir et on assiste à  un délicieux huis-clos anxiogène entre nos quatre protagonistes.

 

Si ce côté huis-clos donne l’impression d’être sur les planches, c’est parce que Carnage a d’abord été une pièce de théâtre, écrite en 2008 par Yasmina Reza sous le titre «Le Dieu du carnage».  Ce projet, Roman Polanski y a travaillé durant son assignation à  résidence en Suisse pendant l’été 2010. Son sort l’aurait-il inspiré pour adapter cette pièce face caméra ?

 

Un seul décor, aucune atmosphère musicale. Le défi de ce Carnage repose donc sur le texte et ses acteurs. Les mots volent, s’entrechoquent, se cherchent et se provoquent, passant de la gravité à  la dérision. Pour interpréter ce quatuor discordant, le réalisateur polonais a fait appel à  des acteurs solides : Jodie Foster, John C. Reily, Kate Winslet et Christoph Waltz sont parfaitement incompatibles et c’est bien ce qui crée l’équilibre du film. Bien que le couple Foster-Reily ait quelques difficultés de crédibilité, celui que forment Kate Winslet et Christoph Waltz est splendide, porté par la puissance de ce dernier. Après sa prestation magistrale dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino en 2009, l’Autrichien nous prouve une fois de plus que les rôles cyniques sont ceux qui lui vont le mieux.

 

Une heure vingt dans ce salon avec seulement quatre personnages qui se lancent la balle à  tour de rôle, c’était le risque de perdre la moitié des spectateurs en route. Mais malgré quelques baisses d’attention au début du film, Polanski fait preuve de sa capacité à  composer avec le rythme, de manière à  nous tenir en haleine jusqu’au dénouement de cette situation burlesque. Ces adultes vont-ils finalement se comporter en tant que tels, se raisonner et parvenir à  un arrangement à  l’amiable ? Parce que le sujet est bien là  : à  force de tourner la situation et les personnages en dérision, Polanski, qui, à  travers ses films a souvent laissé paraître son scepticisme envers la nature humaine, met en avant la futilité des relations interpersonnelles. Le film se ferme d’ailleurs ironiquement sur la réconciliation des enfants : les rôles semblent avoir été inversés…