Culture | 28.11.2011

Who’s afraid of performance art ?

Texte de Anne Maron
Ce week-end, j'ai testé pour vous la performance artistique. Plongée à  l'aveugle dans ce domaine qui écope de tous les adjectifs les plus antinomiques.
"...un homme aussi nu que tatoué sur une balançoire." Maya Bösch, co-directrice du GRÜ/Transthéâtre (photos © Léa Hartman)

 

Tout commence vendredi soir alors que je me rends au Bâtiment d’Art Contemporain de Genève. Guidée par un air de piano,je monte une à  une les marches de l’escalier de ce grand bâtiment blanc et vide. Un attroupement s’est formé, observant un homme aussi nu que tatoué sur une balançoire. «Ca fait une heure et demie qu’il se balance», me glisse-t-on à  l’oreille. Cet homme, c’est Franko B, un artiste italo-britannique qui a abandonné ses performances sanguinolentes légendaires pour saisir l’instant dans la légèreté. La soirée se poursuit en extérieur avec un performeur iranien qui nous offre une danse angoissante avec des couteaux, ses Paradoxical knives comme l’indique le nom de son oeuvre. Le froid ne fait qu’accélérer ma chair de poule face à  cette performance à  la fois macabre et poétique. Le temps de se réchauffer autour d’une soupe et nous voilà  embarqués dans une troisième performance, celle de Keith Hennessy. Tel un véritable comédien, il nous invite dans son univers composé de bric et de broc, mêlant chant, danse et narration.

 

Je cherche des dizaines d’explications à  chacun de ces tableaux vivants, je m’amuse à  imaginer des hypothèses sur l’interprétation de ces Š«uvres hors du commun. En vain. La performance artistique reste un mystère insondable pour moi, mais ma curiosité demeure entière. Quel message ? Quelle réflexion ? Quel état d’âme ? Maya Bösh, la programmatrice de la section «Jeter son corps dans la bataille» est là  pour me guider.

 

Le corps est donc ici un matériau, malléable, plastique, flexible, examiné sous toutes ses coutures. Ce corps, les performeurs le partagent avec le spectateur et c’est cette rencontre qui crée la magie de la performance. Le public est là , aussi présent que l’artiste et semble même faire partie intégrante d’une Š«uvre éphémère. En effet, comme Maya me l’explique, durant le week-end, on a pu assister à  des performances qui ont été influencées par ce rapport de proximité entre performeur et spectateur qui occupe alors un rôle clé. «Jeter son corps dans la bataille» n’est donc pas un hasard. Ces mots, sortis tout droit de l’univers de l’écrivain italien Pier Paolo Pasolini, nous laissent penser que ce n’est pas seulement l’artiste qui se jette dans la bataille mais aussi le public lui-même. «Les frontières entre performance, dramaturgie et spectateurs se mélangent. Comment une communauté anonyme se jette-t-elle dans un espace vide sans règle de jeu ? Vont-ils coopérer ensemble pour trouver le chemin ?». On retrouve donc bien ici ce rôle si particulier que joue le spectateur dans une performance. Mais au-delà  de tout cela, ce titre évoque aussi une démarche artistique, un esprit de résistance et de révolte. Le message de ce week-end serait en effet de «revenir à  une communication très brute, très physique qu’on perd un petit peu aujourd’hui ; revenir à  quelque chose de très politique, très cash, très direct, loin des télévisions et des supports technologiques. Juste un face à  face.»

 

C’est aussi un face à  face entre les pionniers de la performance et la jeune génération qu’on retrouve à  travers les différentes collaborations du festival avec le Centre de la Photographie et la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD). Cette notion d’échange leur permet de se retrouver dans ces sensibilités qu’ils ont en commun mais aussi de les partager avec le public, souvent novice. On peut ainsi porter un autre regard sur ces performances auxquelles on assiste d’abord d’un Š«il sceptique, rempli de préjugés et d’aprioris, et finalement, les apprivoiser.

 

Ce festival de performance, dans lequel tout semble permis, est une manière d’affronter nos idées préconçues de l’art en deux dimensions. Ici, il est question d’éphémère et d’éternel, de silence et de vacarme, d’immobilité et de mouvement, mais surtout de poésie. Alors après ce week-end atypique et ses multitudes découvertes, je conclurais par ces deux mots : soyez curieux !