Culture | 06.11.2011

« Suicide Room »

Texte de Anne Maron
La Pologne est un pays où l'homophobie a longtemps dominé. Source d'inspiration ou de révolte, c'est en tout cas sur le thème de l'homosexualité, entre autres, qu'a voulu se pencher le jeune réalisateur polonais de 29 ans, Jan Komasa, dans son film Suicide Room. De la même manière, il rend également hommage à  son frère, lui-même homosexuel.
(image : cinema-tout-ecran.ch)

Dominik est un adolescent qui semble épanoui jusqu’au jour où son homosexualité le trahit. Dès lors, la rumeur se répand à  la vitesse de la lumière dans son lycée et les moqueries fusent à  travers les réseaux sociaux. Désespéré et incapable de faire face à  cette nouvelle situation, Dominik s’enfonce petit à  petit dans un monde virtuel dans lequel il rencontre Sylvia, une adolescente dépressive et décidée à  en finir avec la vie. Transformés en avatars, ils vont tous les deux puiser en l’autre la force de se soutenir malgré tout et de soulager leurs souffrances.

 

Cinéma Tous Ecrans certifie avec ce film la qualité de sa sélection puisqu’on y retrouve un condensé de tous les supports cinématographiques possibles : images réelles, de synthèse ou encore de webcam. Le réalisateur jongle entre ces différents potentiels avec une simplicité et une cohérence remarquable. On glisse d’une image à  l’autre de manière très naturelle, sans être dérouté. Tous ces supports ne font que renforcer le malaise de cet adolescent emprisonné dans un monde virtuel et refusant de se confronter à  la réalité du monde dans lequel il vit. Progressivement, les images réelles ne se limitent plus qu’au monde parental qui étouffe lui aussi de ne plus comprendre, de ne plus avoir le contrôle de la situation. Les parents sont là  mais impuissants, sans oser franchir cette porte qui les sépare de leur fils, cette frontière entre le réel et le virtuel. Pourtant, c’est dans ce deuxième monde que Dominik semble avoir trouvé un semblant de consolation. A la recherche d’une nouvelle vie, il se réinvente un personnage plus fort, plus sûr de lui et qui n’hésite pas à  voler au secours des autres. Mais lui, qui l’aidera ? L’importante présence d’Internet et des réseaux sociaux dans ce film illustre en réalité l’immense solitude à  laquelle nous sommes confrontés. Les interactions y sont très peu présentes et on finit par suffoquer nous-mêmes.

 

Avec Suicide Room, Jan Komasa nous offre une plongée angoissante dans l’impact que tous ces nouveaux moyens de communication peuvent avoir dans une situation aussi délicate que l’adolescence. Un premier film prometteur.