07.11.2011

Sans le savoir, j’ai collaboré…

Texte de Sidie Mbaki
Rituel du jeudi soir, je prends en otage le canapé, la télé et mes M&M's pour une soirée séries télévisées en solitaire. Suite à  un moment de répit imposé par la publicité, je me mets consciencieusement à  inspecter la liste des composants de mes friandises préférées au dos de l'emballage. C'est là  que je fais un sérieux blocage sur un des composants, qui pour moi, semblait très imprécis: l'«huile végétale».
"...des espèces animales comme l'orang-outan, qui se nourrissent du fruit du palmier, sont pourchassées et tuées par les producteurs qui les considèrent comme une menace pour leurs récoltes." (photo : goodplanet.info)

Ma série du jeudi vient de reprendre son cours mais cette mystérieuse «huile végétale» continue de me tourmenter. Elle réussit même à  me faire sortir du fauteuil, éteindre la télévision, pour finalement passer ma soirée à  entreprendre des recherches afin de découvrir quelle huile se cache derrière cette définition beaucoup trop implicite. Au final, je découvre qu’il s’agit de l’huile de palme. J’en ai déjà  entendu parler à  la télé, notamment des dangers qu’elle présente pour l’environnement.

 

J’ai découvert que cette huile est extraite du fruit du «palmier à  huile» originaire de l’Afrique tropicale. Elle est utilisée en cuisine tropicale, en cosmétologie, mais principalement et cela depuis plus d’une centaine d’années dans l’industrie agroalimentaire; elle est surtout produite en énormes quantités depuis l’après-guerre, période depuis laquelle elle fût exploitée de manière abusive jusqu’à  aujourd’hui.

 

Désormais, elle est cultivée en Afrique, en Asie ainsi qu’en Amérique latine et les producteurs ne se gênent pas pour raser des forêts entières afin de replanter des palmiers à  huile. Il est clair que cette huile leur est parfaitement rentable; c’est pour cela qu’elle est devenue l’huile la plus consommée du monde et sa demande ne cesse d’augmenter. Elle est utilisée dans le processus de transformation d’une quantité étonnante de produits alimentaires : les céréales, le pain industriel, les crèmes glacées, les biscuits, les barres chocolatées et même le lait en poudre pour nourrissons.

 

La culture de palmiers à  huile, en de telles proportions, a des conséquences désastreuses sur le consommateur, la biodiversité et l’écosystème. Premièrement, les produits contenant cette huile sont déjà  très riches en graisses. L’huile de palme, qui comprend 45% de graisses saturées, aggrave les risques d’obésité et de maladies cardiovasculaires. Deuxièmement, des espèces animales comme l’orang-outan (originaire de Malaisie), qui se nourrissent du fruit du palmier, sont pourchassées et tuées par les producteurs qui les considèrent comme une menace pour leurs récoltes. À ce rythme, on estime que l’espèce disparaitra d’ici une vingtaine d’années. Troisièmement, à  cause de la prolifération des palmiers, ces mêmes espèces animales (l’orang-outan y compris) se retrouvent privées d’habitats naturels appropriés et meurent; ceci influence la diminution de la biodiversité et ne fait qu’aggraver les problèmes écologiques déjà  existants.

 

Les géants de l’agro-alimentaire sont considérés comme les principaux responsables du manque d’information du consommateur. Par exemple, le palmier à  huile pousse très rapidement et ses fruits fournissent beaucoup d’huile; c’est pour cela qu’il est jusqu’à  dix fois plus rentable que l’huile de soja.

 

Cependant, grâce à  des militants des milieux écologistes et sanitaires, ce problème se fait de plus en plus connaître et quelques industriels ont finit par renoncer à  cet ingrédient. Mais alors, comment se fait-il qu’un fabricant aussi influent que celui de M&M’s ne réagisse pas? Surtout, pourquoi masque-t-il la dénomination de l’huile de palme par «huile végétale» ? Volonté de désinformer le consommateur ou stratégie de vente?

 

À bon entendeur…

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