Culture | 13.11.2011

Podslon (Shelter)

Texte de Joëlle Misson
Réalisé par Dragomir Sholev, originaire de Bulgarie, Podslon était une première suisse au Cinéma Tous Ecrans. Sorti en 2010, il a reçu le Grand Prix du Meilleur Film dans la catégorie Composition Internationale au 15ème Festival International du Film de Sofia cette année.
"Plus tard, c'est Tenx qui fait son apparition, crête, perfecto clouté, Doc Martens et bières à  la main..." L'affiche du film Podslon, sorti en 2010.

Podslon (en français: Abri) nous propulse dans une situation où l’époque importe peu. D’ailleurs, la date n’y est citée qu’à  un unique instant; 2009. A cette nouvelle, le spectateur réalise que le scénario peut réellement prendre place à  n’importe quel moment de l’Histoire – du 21ème siècle du moins. La technologie n’y est pas avancée, le décor loin de celui des grosses productions américaines, mais la situation de la Bulgarie comparée à  nos pays bien plus riches nous rappelle sans difficulté pourquoi les héros ne possèdent pas – encore? – d’IPhones. La lumière est naturelle tout au long du film. Dans une ambiance grise et pluvieuse – le bruit de fond de la pluie qui tombe est omniprésent – elle est alors plutôt fade, à  la limite du lugubre. Mais les acteurs sont émouvants, et s’imprègnent bien de leur rôle. On est loin des petites productions qui nous déstabilisent par le non-professionnalisme des acteurs qui semblent ne jouer qu’à  moitié, ne pas être à  leur place.

 

L’âge de Radostin ne nous est pas connu, mais sa première apparition étonne le spectateur qui s’attend à  un garçon plus âgé à  l’air plus rebelle, comme nous suggère notamment la photo accompagnant le résumé dans le programme du festival. Radostin, c’est le personnage central de ce film, tiraillé entre deux valeurs, dans un conflit intérieur le détournant de sa famille pour s’attacher à  ses nouveaux amis desquels il ne veut se séparer. Pour l’Anarchie.

 

Après que sa mère l’ait laissé sortir et dormir ailleurs, Radostin n’est pas rentré. Ses deux parents, morts d’inquiétude, déposent à  la police un avis de disparition. A leur retour chez eux, ils découvrent une jeune fille à  moitié nue dans la salle de bain, la musique tourne à  fond. C’est Courtney, une amie de Radostin. Plus tard, c’est Tenx qui fait son apparition, crête, perfecto clouté, Doc Martens (ou similaires) et bières à  la main. C’est plus tard une conversation controversée qui s’engage entre les nouveaux amis de Radostin et ses parents. Une confrontation entre un père de famille, travaillant pour gagner sa vie et avoir une bonne situation, et un jeune punk de 18 ans qui n’a que faire du travail et de la politique et qui préfère boire des bières et voler l’électricité parce qu’elle est à  tout le monde, et parce que, de toute façon, on est même pas payé pour ce que l’on fait. Mais également une discussion entre une mère et une jeune fille de 17 ans, qui malgré les cheveux noirs hirsutes et les piercings reste avant tout une femme. On assiste à  une véritable confrontation des générations qui nous attendrit parfois, nous étonne, nous choque.

 

Au milieu de ces discours, Radostin n’est finalement que peu présent, presque symboliquement assis au bout de table. Il est durant tout le film le centre de l’attention, mais n’a que peu de dialogue. Découpé en trois parties, durant une seule journée, la troisième séquence sépare à  nouveau les deux groupes. Chez eux, les parents reçoivent un appel du commissariat qui a retrouvé Radostin, en compagnie de Courtney et Tenx.

 

La manière dont la fin de ce long-métrage est tournée coupe un peu cours à  notre curiosité naturelle qui souhaite connaître la suite des choix du jeune garçon, comme attachés à  lui par cette fictive réalité; notre imagination s’en charge, mais ça démange.