Culture | 08.11.2011

Petite critique du film Intouchables

Sortie le 2 novembre dans les salles de Intouchables. Véritablement rafraîchissante, la nouvelle comédie d'Olivier Nakache et Eric Toledano semble bien partie pour rafler quelques prix aux prochaines cérémonies. Et ce qui est certain, c'est qu'elle réunit tous les ingrédients d'un excellent film.
François Cluzet et Omar Sy à  l'affiche. Image: www.graphism.fr

Driss, jeune de la banlieue, est engagé par un inattendu concours de circonstances au service de Philippe, aristocrate devenu tétraplégique suite à  un accident de parapente. C’est alors non seulement deux personnes aux goûts et à  la culture complètement divergents qui se retrouvent confrontés, mais également deux mondes bien distincts. Récemment sorti de prison, Driss devient l’aide à  domicile de Philippe, entrant dans son monde bourgeois tel un boulet de canon. L’amitié qui se tisse petit à  petit entre les deux hommes s’affermit rapidement, se nourrissant de leurs dissimilitudes pour se renforcer. Bientôt le lien qui unit Driss et Philippe les porte bien plus loin qu’ils ne l’auraient jamais imaginé, les rendant intouchables.

 

La première scène du film nous emmène directement au fin fond de la relation qui lie les deux hommes, forte de leurs faiblesses propres. Tristesse et mélancolie voilées, rires étouffés, plans rapprochés, musique assourdie : les sentiments de ce flashforward en guise de prologue donnent le ton qui restera celui du film. Une course poursuite en Maserati sur le périf’ aurait pu paraître quelque peu ironique comme prélude d’un film traitant du handicap, mais c’est bien ce parti pris qu’Eric Toledano et Olivier Nakache cherchent à  soutenir. Celui d’une situation telle que seul le regard naïf et mordant d’un inconnu à  ce monde peut amener à  ouvrir. En effet, on comprend rapidement que Philippe ne cherche rien d’autre que de retrouver une vie « normale », dénuée de l’apitoiement que lui accordent souvent ses congénères. Et c’est Driss, un jeune en situation précaire qui va lui amener la trêve et l’humour tant espérés.

 

C’est le pari d’écrire une comédie sur le handicap. Loin de prendre en pitié la situation, Omar Sy nous sert quelques fameuses répliques, flirtant souvent à  la frontière des convenances, faisant pourtant rire aux éclats la salle entière. Alors quelle est donc la recette miraculeuse qui permet à  ces deux coréalisateurs de nous livrer une comédie sur le thème délicat du handicap, tout en tenant le pari d’offrir dans le même temps une jolie comédie française ?

 

Tout d’abord c’est la rencontre de deux jeunes réalisateurs qui, depuis plus de quinze ans, coréalisent différents métrages, d’abord courts puis plus longs. On retient d’eux principalement Nos jours heureux et Tellement proches, leurs deux derniers long-métrages, aussi hilarants qu’inspirés et bien écrits. Et puis le casting impeccable relève le défi avec brio. Omar Sy, comédien bien connu du grand public pour son émission quotidienne le Service-Après Vente des Emissions sur Canal+ en duo avec Fred Testot, y incarne cette fois un jeune de banlieue qui se retrouve malgré lui propulsé dans le monde guindé de l’aristocratie parisienne. Et François Cluzet remarquable dans le rôle de l’aristocrate handicapé, ainsi qu’une jolie ribambelle de rôles secondaires. Ensuite, il faut rappeler que ce scénario s’inspire de la réalité, de la vie de Philippe Pozzo di Borgo et de son assistant Abdel Sellou. Mais c’est surtout l’espoir qui vibre tout au long de l’histoire et cet humour, parfois plus que noir (on retiendra longtemps la boutade innocente « pas de bras, pas de chocolat » qui prend une toute autre ampleur dans un tel contexte), qu’un jeune un peu perdu apporte à  un riche tétraplégique, dont on devine la malice derrière le masque d’impassibilité. Et puis, au fil des rencontres insolites et des situations cocasses, une amitié improbable se tisse entre deux hommes que rien ne rapproche, portée par l’harmonie complète des acteurs.

 

C’est dans cet état d’esprit d’ouverture, d’espoir et d’indicible fureur de vivre que le film nous emmène au-delà  des préjugés. Les barrières tombent entre les deux cultures, mêlant Vivaldi et Earth, Wind & Fire, faisant fi des stéréotypes et amenant les deux protagonistes à  s’ouvrir peu à  peu à  l’univers de l’autre.

 

De coups de gueule en confidences, d’anicroches en amitiés, et du rire aux larmes, sans jamais négliger la gravité du thème, ni tomber dans le mélodrame qui y est trop souvent propre, ce film nous apporte un divertissement bienvenu doublé d’un véritable message de respect mutuel.