Culture | 13.11.2011

« Patience, passion et unité »

Texte de Anne Maron
Pour clore la 17ème édition du festival Cinéma Tous Ecrans, Tink est allé à  la rencontre de sa directrice générale, Claudia Burgnat, le temps d'une interview.
Dans les coulisses du festival (photo : cinema-tout-ecran.ch)

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste de manière générale ce festival, quel en est le principe ?

C’est un festival qui existe depuis 17 ans et comme son nom l’indique, nous proposons des programmes en relation avec des films faits ou distribués par tous les supports. Nous présentons des films pour le cinéma, longs-métrages et courts-métrages, des films pour la télévision ainsi que des séries télévisées ; des films diffusés sur internet et puis aussi des séries interactives qui peuvent être jouées sur internet ou sur les téléphones portables. Il y a aussi un « programme annexe » à  côté de ces compétitions, qui porte sur la musique et des rétrospectives ; nous accueillons enfin un invité spécial, l’Estonie. Notre rôle est d’illustrer l’évolution du langage cinématographique au travers de tous ces supports.

 

A travers le festival, quelle est la vision du cinéma que vous voulez offrir ?

Quand on fait un appel aux films, on en reçoit énormément. Il y a parfois des thèmes qui se créent par eux-mêmes ; par exemple cette année, la sélection faisait ressortir des films qui parlaient d’identité, de pertes de repères, et de communication. C’est un peu un hasard ; mais chaque année les hasards font qu’on peut avoir différents thèmes. En parlant de l’évolution de la technologie ou du langage cinématographique, on voulait aussi des oeuvres qui soient le reflet de notre société urbaine, qui pouvaient mettre en scène les liens que nous avons avec la technologie ou l’impact que la technologie a sur notre quotidien.

 

Durant tout le festival, on peut avoir un aperçu assez large de toutes les nouvelles innovations qui existent en matière de technologie. A quoi doit-on s’attendre pour le cinéma de demain ?

On doit s’attendre à  une manière différente de regarder les films. On se trouve maintenant face à  une jeune génération, qu’on appelle parfois des « consommateurs d’images », qui a une culture différente du cinéma ou du monde du film. Maintenant un film peut se regarder n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, un peu comme la musique. Il n’y a plus forcément besoin d’aller en salle, on peut très bien se mettre à  quatre autour d’un ordinateur pour regarder un film. A mon époque, culturellement, aller au cinéma était un évènement en soi ; alors que pour que les jeunes de maintenant aillent au cinéma, il faut qu’il y ait quelque chose d’évènementiel derrière. C’est pour ça que le festival est une chance par rapport à  la présentation des films. C’est une des différences fondamentales.

 

Le festival en est à  sa 17ème édition, déjà . A votre avis, qu’est-ce qui explique le succès de cet évènement ?

Clairement la variété, et la curiosité des gens par rapport à  des programmes tels que les nouveaux écrans. On se demande ce qu’est un film « nouveau média », qu’est-ce qu’une « web série » ou une « fiction interactive » ? Je pense qu’il y a une part de curiosité. Il y a aussi le fait que le festival est international : on a à  peu près 130 films, c’est donc une grande richesse. On a aussi choisi des films sur la musique avec un compositeur venu pour parler de son travail ; nous avons programmé des fêtes, des invités, des réalisateurs qui viennent parler de ce qu’ils font. Je pense que ce sont des éléments qui font que le public aime cet évènement.

 

Justement, le fait d’avoir des supports si variés n’implique-t-il pas des difficultés d’organisation de l’évènement ?

Bien sûr qu’il y a des difficultés. Parfois on a des personnes qui annoncent qu’elles viennent et qui annulent au dernier moment, des films qui restent coincés à  l’aéroport…Mais c’est comme ça que les choses se déroulent dans l’évènementiel : rien n’est scientifique, ça se passe un peu comme ça se passe ! Mais je dois dire qu’on a vraiment une bonne équipe. Et je crois qu’au final il faut surtout beaucoup de patience, de passion et d’unité.

 

Une prochaine édition de Cinéma Tous Ecrans est prévue. Est-ce que vous avez déjà  une idée de ce que vous allez réserver au public cinéphile l’année prochaine ?

On aimerait essayer de rester dans l’air du temps et se de mettre en phase avec l’évolution du langage cinématographique, afin de créer une cohérence entre chacun des programmes. Cela permettrait aussi de se pencher sur le « transmédia », qui concerne ces émissions ou films qui maintenant ont leur pendant sur internet : le public a ainsi une vie en direct sur l’écran et ensuite une autre vie interactive via l’Š«uvre sur internet. C’est le genre de choses que nous pouvons déjà  envisager.

 

Et puis sans compter toutes les nouvelles méthodes qui risquent de faire leur apparition dans le courant de l’année…

Je me demande d’ailleurs ce qu’elles vont être. A part les caméras qui changent, peut-être qu’on pourrait faire des efforts d’éclairage sur de petites caméras pour la nuit, améliorer aussi le son… Autrement je pense qu’on a déjà  beaucoup par rapport à  il y a quelques années ! Il y a aussi quelque chose à  faire avec le jeu vidéo, au vu de toute cette génération de personnes qui y passent beaucoup de temps. Les jeux vidéo sont parfois inspirés justement d’histoires où on devient son propre acteur dans son propre jeu. Je pense qu’il faut garder un Š«il sur ce genre de choses. Tout va très vite !