Culture | 13.11.2011

La voix à  suivre

Critique du dernier album de Tom Waits, sorti le 21 octobre en Suisse.
Tom Waits.
Photo: © Michael O'Brien La pochette de l'album "Bad as Me" (images: www.badasme.com)

On tamise la lumière, on se cale dans son fauteuil, on se sert un double whisky, on s’allume une bonne clope et on insère le nouvel album dans le lecteur. Ce n’est pas le genre de disque qui s’écoute à  la va-vite; au contraire, ce moment se prépare. Tom Waits est le genre d’artiste qui demande une oreille attentive, et souvent une seconde écoute.

 

Dernière livraison de l’américain, «Bad as Me» se révèle plus facile d’accès que d’habitude. C’est jazz, blues, folk, ça groove, et quelle voix! Un journaliste l’a décrite comme «trempée dans un fût de bourbon, séchée et fumée pendant quelques mois, puis sortie et renversée par une voiture». Il suffit d’écouter la chanson «Chicago» pour se rendre compte que ce n’est pas exagéré. Avec ce 1er titre, on est immédiatement transporté dans l’univers poétique des bars miteux. Dans la même veine on retrouve «Raised Right Men», «Get Lost», «Bad as Me», et «Hell Broke Luce». Ils ont tous en commun un groove énorme et un phrasé millimétré qui se révèle ultra efficace. Par moments, on n’est vraiment pas loin de «Queen of The Stone Age». Les paroles valent, elles aussi, le détour. Il nous parle de la vie, de la mort, de l’amour et des gens, mais avec son style si particulier. De nos jours, rares sont les artistes qui mettent encore leurs textes en avant. Il le fait – et cela en vaut la peine. Son talent de songwriter s’exprime réellement sur «Face to The Higway», «Pay Me», «Back in the Crowd» ou encore «Kiss Me». Le crooner Waits nous scotche au fond du canapé et nous donne des frissons. Sa voix rocailleuse vient prendre à  contre-pied des airs jazzy. A couper le souffle.

 

On notera la présence de Flea des «Red Hot Chili Peppers», mais surtout celle de Keith Richards des «Rolling Stones». Les deux hommes se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. On retrouve sa guitare sur cinq titres, dont «Satisfied» en référence à  l’énorme tube des Anglais «I Can’t Get No Satisfaction». Alors, quand Waits et Richards mêlent leurs deux voix usées sur «Last Leaf», on sait qu’il s’agit d’un de ces rares moments qui donne tout son sens au mot «collaboration». J’en connais plus d’un qui auraient aimé être dans le studio à  ce moment-là .

 

Au final, Tom Waits nous donne une grande leçon de songwriting, et c’est un sans faute. Il nous prouve par son parcours à  l’écart du showbiz, que même en 2011 il est encore possible de sortir un disque dont le seul intérêt est la musique. Allez, on s’en rallume une, on boit une gorgée et on se refait une nouvelle écoute. C’est beau, c’est brut, c’est un coup de cŠ«ur.