Culture | 09.11.2011

« Blowfish »

Texte de Anne Maron
Le festival Cinéma Tous Ecrans est l'occasion de découvrir de nouveaux films, de nouveaux réalisateurs et surtout de nouvelles manières de réaliser. Et comme dans tout bon festival, on a notre lot de coups de cS«ur et de déceptions. C'est le cas de Blowfish, le quatrième long métrage réalisé par le taïwanais Chi Yuarn Lee.
(photo : lilica.biz)

Le pitch est basique : Xiao-Zhun est une jeune femme timide et polie qui se venge de l’adultère de son petit ami en vendant sur internet le poisson-globe de ce dernier. C’est un jeune entraîneur de base-ball solitaire qui le rachète et commence entre les deux jeunes gens une relation passionnelle mais loin d’être passionnée puisque notre protagoniste attend désespérément le retour de son ancienne petite amie. Pourtant, Xiao-Zhun s’installe dans sa vie sur la pointe des pieds et essayant de trouver (ou plutôt d’imposer) sa place.

 

Malgré cette simplicité, le scénario marche et ouvre même la porte à  des interprétations intéressantes. Mais quelque chose bloque… Le rythme est d’une lenteur incroyable, bien loin de ce que pourrait laisser penser la frénésie asiatique, et les personnages sont muets, statiques, et amorphes à  tel point qu’on s’impatiente, qu’on s’énerve même face à  ce cruel manque d’initiative de leur part. Les personnages ne parviennent à  communiquer qu’à  travers cette relation charnelle qu’ils entretiennent de manière plutôt bestiale.

 

En dehors de ça, c’est le silence… Il faut dire que les silences sont parfois une véritable ressource, et font partie intégrante de la réalisation lorsqu’ils sont stratégiquement placés ou alors accompagnés d’une musique qui traduit les émotions ; mais ici même la musique, lorsqu’il y en a, ne décolle pas. Le film avance presque sans nous, il ne nous emporte pas et on reste collé à  notre fauteuil, attendant désespérément qu’il se passe quelque chose. Et pourtant, difficile à  croire, mais le rebondissement est là  lorsque l’ancienne petite amie de l’entraîneur de base-ball réapparaît un beau matin. On y croit alors un instant, on se redresse sur son siège et on devient plus attentif, mais c’est une tentative ratée… Les personnages restent cloîtrés dans leur mutisme et nous dans notre lassitude.

 

Ceci dit, pour calmer les mauvaises langues qui diront que j’ai la critique facile, il faut reconnaître que Chi Yuarn Lee a une maîtrise de l’image qui est remarquable. Il sait composer ses scènes de manière réfléchie, jouer avec la lumière avec élégance, et le tout constitue un tableau très agréable à  regarder dans lequel les personnages, bien que lymphatiques, évoluent avec grâce. Et si on regarde un peu plus profondément, on se rend compte que ce film est cependant rempli de poésie.