Culture | 13.11.2011

Adhésion de la Suisse à  l’UE : utopie ou réalité ?

Texte de Laetitia Mathys
Au-delà  de ses frontières communes, la Suisse est étroitement liée à  l'Union Européenne sur le plan économique, politique et culturel.
(image : Raymond Burki, "24 heures")

Des valeurs communes

Sise au cŠ«ur de l’Europe, la Suisse est le troisième plus important partenaire économique de l’Union, après les Etats-Unis et la Chine, mais devant la Russie et le Japon. Quelques 900 000 citoyens communautaires vivent et travaillent en Suisse, et nombreux sont ceux qui franchissent quotidiennement la frontière pour y travailler ( Schwok, 2010). Quant au lien politique, la Suisse adhère aux valeurs clés de l’Union: engagement pour la démocratie et les droits de l’homme, expansion du droit humanitaire international –le siège de la Croix-Rouge est en Suisse – et aspiration au rétablissement de la paix.

 

La Suisse fait aussi partie elle-même de la culture européenne, y apportant de précieuses contributions, que ce soit au travers de Max Frisch, Denis de Rougemont, Friedrich Dürrenmatt, Alberto Giacometti, Le Corbusier , pour ne citer que quelques-unes des personnalités helvétiques qui se sont illustrées sur le plan culturel en Europe (Europa.eu).

 

On le sait depuis des années, une majorité de Suisses ne veut pas adhérer à  l’Union. Pour autant, la Confédération ne souhaite pas être marginalisée ; mais elle est quand même clairement un cas unique parmi les autres Etats européens : elle est la seule à  refuser de manière permanent l’option d’une adhésion. Mais pourquoi s’y oppose-t-elle continuellement ? Pour y répondre, il tient lieu de rappeler les différentes étapes qui ont amené la Suisse à  s’éloigner progressivement d’une potentielle adhésion à  l’Union.

 

Mais encore trop de divergences

Tout commence avec la création en 1960 de l’Association Economique de Libre-Echange (AELE), qui est une réaction des Etats non membres au processus d’intégration communautaire, c’est-à -dire la Suisse, l’Autriche, le Danemark, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Déjà , la Suisse souhaitait rester en dehors d’une communauté, mais ne voulait pas être marginalisée, ce qui explique sa décision de prendre part à  l’AELE. Cependant, en 1973, trois de ces pays entrèrent dans l’Union, laissant les trois autres entre eux dans l’AELE. Ce faisant, la Suisse décida alors de signer un accord avec l’UE qui abolissait les droits de douane sur les biens industriels et les produits agricoles pour ne pas se sentir en reste. On pourrait considérer cette action comme les prémisses d’un rapprochement de l’Union.

 

En 1984, un nouvel élan fut donné par les négociations d’un Espace Economique Européen (EEE) qui était considéré comme une sorte de compromis pour les Etats ne souhaitant pas adhérer à  l’Union. Mais le référendum posé le 6 décembre 1992  se révéla être un échec, puisque le peuple suisse rejeta son entrée dans l’ EEE. Cette date est révélatrice des intentions du peuple qui s’est dressé fortement contre toute adhésion touchant à  l’UE. Le clivage entre les classes dirigeantes et les masses populaires est bien présent : les plus favorables à  l’ouverture à  l’Union sont généralement les personnes à  revenus élevés avec un haut niveau de formation, alors que les opposants viennent plutôt des cantons moins dynamiques, là  où les personnes sont moins formées. En effet, pour les premiers, l’ouverture signifierait une porte d’entrée au marché européen et un accès facilité aux opportunités. Les clivages vont aussi de pair avec les régions linguistiques helvétiques . Souvent, la région la plus favorable à  l’ouverture à  l’Europe est la Suisse romande. De plus, la forte position de certains partis politiques suisses influents est claire : l’UDC, par exemple, prône le « non » catégorique à  toute proposition venant de l’UE.

 

Finalement, la solution a été trouvée avec les accords bilatéraux, les premiers signés en 1999 et les seconds en 2004. Aujourd’hui ces accords nous rapprochent des Etats membres de l’Union, malgré de difficiles négociations. Mais à  l’heure où la crise est en train de dévorer les Etats membres de l’Union européenne, la Suisse se demande si elle a bien fait d’accepter l’accord de libre-circulation (plus précisément le libre établissement des personnes), de Schengen et de Dublin avec les pays membres de l’UE ; ceci notamment du fait de l’augmentation du nombre de requérants d’asile sur son territoire. En effet, l’UE semble être en déclin et tout doit être revu afin de stabiliser l’économie, à  commencer par sa monnaie.

 

Aujourd’hui, ce n’est donc pas le côté culturel qui éloigne la perspective d’adhésion de la Suisse, mais le côté économique, social et monétaire qui l’en empêche. Plus la Suisse se rapproche de l’UE par ces nombreux accords bilatéraux, lui donnant alors un statut de privilégiée, plus les perspectives d’adhésion semblent s’éloigner.