18.10.2011

« Nous offrons une expérience impressionnante »

Texte de Joëlle Misson
A l'occasion de la Journée Internationale des Droits de l'Enfant, Terre des Hommes organise «les petits métiers de la rue».
Photo: © Terre des Hommes.

Du 16 au 20 novembre prochain, plusieurs villes de Suisse verront leurs rues prises d’assaut par des enfants et des jeunes entre 4 et 18 ans pour l’action « petits métiers de la rue » organisée par l’Association Terre des Hommes. A l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant, ceux-ci se mettront dans la situation de leurs semblables moins privilégiés, en exerçant notamment de « petits métiers» tels que cireurs de chaussures, laveurs de voitures ou encore artistes de rue. Les idées et initiatives des participants sont également les bienvenues. Quel est le but d’une telle action? Interview avec Sarah Hafner, assistante d’actions nationales à  Terre des Hommes. Entretien

 

Comment a été instaurée la Journée Internationale des Droits de l’enfant et de quoi fait-elle mention?

L’ONU a ratifié la convention des «Droits de l’Enfant» le 20 novembre 1989. TdH (Terre des Hommes) subdivise les droits en dix catégories :

1) Le droit d’être traité de manière égale, quelle que soit son origine, sa couleur de peau ou sa religion.

2) Le droit d’avoir un nom et une nationalité.

3) Le droit d’avoir assez à  manger et de manger sainement.

4) Le droit d’être soigné(e) quand on est malade.

5) Le droit à  l’éducation.

6) Le droit d’avoir une maison où l’on se sent en sécurité.

7) Le droit de jouer, de rire, de rêver.

8) Le droit de s’exprimer et que son avis soit respecté.

9) Le droit d’être protégé de la violence et de l’exploitation.

10) Le droit pour les enfants handicapés et réfugiés à  une protection spéciale

La convention demande de respecter les droits des enfants et de considérer leurs intérêts. Elle demande également aux gouvernements de garantir ces droits.

 

Votre projet encourage les jeunes à  descendre dans la rue et à  se mettre dans la peau des enfants des rues. Quel intérêt cette action représente-t-elle et quelle tranche d’âge visez-vous à  la participation?

Les enfants et les jeunes qui participent à  notre action ont entre 4 et 18 ans et la plupart ont entre 6 et 15 ans. L’objet de notre action est de collecter des dons pour nos projets d’aide à  l’enfance autour du monde et de sensibiliser la population suisse aux droits de l’enfant ainsi qu’au thème des « enfants des rues ». En plus, nous offrons aux enfants suisses une expérience impressionnante et des leçons sur ces thèmes.

 

A quoi ressemblent les animations que vous proposez dans les salles de classe?

Dans le cadre de nos visites d’écoles nous offrons la possibilité aux enfants de s’occuper de thèmes tels que «les enfants de la rue» et «les droits des enfants». Nous leur expliquons leurs droits, et le fait que ces droits ne sont pas garantis pour tous les enfants du monde. Nous expliquons aussi qu’il y a, par exemple, une distinction entre « exploitation » et « devoir » (comme aider à  la maison) et voulons montrer qu’aller a l’école n’est pas qu’un devoir, mais aussi un privilège et un droit.

 

La documentation pédagogique pour les visites d’école est une introduction à  la thématique des enfants de la rue et des droits de l’enfant. Les élèves découvrent ces notions d’une manière judicieuse par des histoires, des jeux de rôle et des présentations théoriques. Pour les plus petits, nous avons un jeu de marionnettes qui raconte l’histoire de deux enfants de la rue qui ont tellement faim qu’ils doivent voler des aliments au marché ou aller chercher de la nourriture dans les poubelles.

 

Qu’est-ce qui plaît aux enfants dans le fait de se mettre en situation d’enfant des rues pour une journée?

Ils sont intéressés par le fait d’apprendre sur ces thèmes. Ils aiment faire une expérience différente et impressionnante ainsi qu’aider des enfants moins privilégies autour du monde (et donc exprimer leur solidarité pour eux).

 

Cela fait 14 ans que cette action perdure. Avez-vous toujours eu de bonnes participations durant les années précédentes?

Nous avons des participants qui sont très fidèles et qui participent presque chaque année, mais nous motivons aussi de nouveaux participants.

 

N’est-ce pas hypocrite de prétendre que cette action sensibilise les jeunes à  la situation des vrais enfants des rues, alors qu’ils ne risquent pas grand chose et sont respectés – d’autant plus dans le cadre de cette action humanitaire – contrairement aux enfants d’autres pays en réelle situation d’exploitation?

Puisque l’on ne peut pas leur donner de situation réelle pour faire l’expérience d’un enfant de la rue, nous leur donnons une expérience la plus proche possible qui soit, avec l’objectif complémentaire d’aider les enfants en réelle situation de rue. Mais il y a quand même quelques similarités: ils travaillent pendant une journée pour gagner de l’argent en offrant de petits services aux passants, et par conséquent, ils font aussi l’expérience de ne pas recevoir cet argent (dont une petite frustration).

 

Nous avons également intégré des jeux de rôles dans nos animations gratuites. Par ces jeux de rôles, les enfants peuvent glisser dans le rôle des parents, ou ressentir les sentiments de ceux qui n’en ont plus (ces jeux de rôles sont pour les enfants plus âgés). En plus, nous expliquons leur situation et montrons des films.

 

N’avez-vous jamais eu de mauvaises réactions ou de controverses dans le fait d’entraîner des enfants dans ce projet, ou est-ce au contraire bien pris par les passants?

Bien sûr, nous avons aussi des réactions négatives ou des questions critiques. Mais nous avons également de bonnes réponses. La plupart des réactions sont positives parce que les passants soutiennent et partagent nos objectifs et donc, notre «mission».

 

Dans quelle grandes villes de Suisse pourrons-nous découvrir ces petits métiers de la rue et combien attendez-vous de participants du 16 au 20 novembre prochain?

Notre action aura lieu dans toute la Suisse. Mais les grandes villes sont : Zürich, Berne, Bienne, Luzerne, Zoug et Lausanne. Nous attendons environ 4000 participants pour cette année.

 

Appréhensions ou confiants?

Nous nous réjouissions de découvrir les projets et les actions des enfants dans toute la Suisse, particulièrement de voir leurs propres idées pour d’autres activités comme métiers de rue, par exemple, celle d’un théâtre. C’est toujours un grand plaisir de voir les enfants motivés à  en aider d’autres.