Culture | 21.09.2011

Roman de l’automne

Que se passe-t-il après le fameux «ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants»? La rupture, inévitable. Avec «Je l'aimais», Anna Gavalda nous livre l'émouvante histoire d'une femme qui doit encaisser le départ brutal de son mari, mais qui est malheureusement encore follement amoureuse.
Anna Gavalda, "Je l'aimais", éditeur J'ai Lu.

Souffrance. On peut dire que tout le récit tourne autour de ce seul mot. La souffrance d’une femme abandonnée par son mari, la souffrance d’un homme qui n’a pas eu le courage de suivre sa bien-aimée et qui est resté auprès d’une femme qu’il n’aimait pas tant que ça. La souffrance de deux petites filles qui voient leur mère pleurer, la souffrance d’une femme mal-aimée et trompée, mais qui préfère souffrir en silence plutôt que de perdre son confort. Et quelquefois, des taches de joie, des moments de lumière.

 

Chloé vient d’apprendre que son mari partait prendre l’avion. Pas pour un voyage d’affaire pour ensuite retrouver sa femme aux fourneaux quand il rentrera. Non, il part avec sa maîtresse. Sa nouvelle compagne maintenant. Chloé est donc devenue son ex. L’ex d’Adrien, son mari. Comment se fait-il qu’Adrien soit parti alors qu’elle le croyait heureux, qu’elle pensait former un couple joyeux et sans problème? Pierre, le père d’Adrien décide alors, en la voyant ainsi malheureuse, d’emmener sa belle-fille à  la campagne. Il ne sait pas comment s’y prendre, est maladroit, dit des choses qu’il aurait dû éviter de prononcer à  voix haute. Il prend le parti de son fils, trouve que sa décision est une preuve de courage. Comment peut-il penser ça? Les insultes fusent, il est traité d’égoïste, accusé de n’aimer personne. Au fil du temps, les confessions. Pierre a aimé une femme. Profondément, follement, éperdument. Il l’a perdue. A cause de sa lâcheté, il ne l’a pas suivie et a préféré rester avec une autre, sa femme. Une femme qu’il a abîmée à  force de ne pas l’aimer et de passer sa vie à  côté d’elle et non avec elle. Le temps d’un week-end, tout est dit. Et les souffrances de deux êtres expédiées.

 

L’amour est fait de souffrances, Anna Gavalda l’a bien compris et magnifiquement retranscrit. Sans virer dans le mélo-dramatique, elle raconte les sentiments de gens totalement ordinaires, qui sont exprimés avec difficulté par les personnages eux-mêmes, comme s’ils vivaient, et toute l’attention du lecteur est retenue par ces «taches» de joie. Roman empli de tristesse, le lecteur se demande impatiemment quand sera le prochain moment heureux et ne lâche pas la lecture.