Culture | 13.09.2011

Des nouvelles d’Alain

Texte de Sophie Koerfer
Le week-end dernier s'est tenu à  Lausanne le 7ème festival de la BD, et à  la clé une conférence et mise en lumière de la communauté Rom et des minorités de l'Est.
Extrait du court-métrage "Je pourrais être votre grand-mère" de Bernard TanguyExtrait des "Nouvelles d'Alain" d'Emmanuel GuibertCouverture des "Nouvelles d'Alain", d'Emmanuel Guibert

Eternels indésirables ?

A l’occasion de la publication de la BD “Des nouvelles d’Alain”, mettant en scène Alain Keller, un photographe qui est allé à  la rencontre des Roms, Emmanuel Guibert, Yves Leresche et Joël Catherin se sont réunis pour partager leurs oeuvres avec le public.

 

Eternels indésirables, la problématique de la communauté Rom a touché ces trois hommes. “Le présent est là , brut, sans chichis, avec une intensité qu’il y a rarement ailleurs » racontait Alain Keller – mis en scène par Emmanuel Guibert dans les «Nouvelles d’Alain» – lors d’une interview. Ce photographe travaillant pour les médias avait décidé de raccrocher pour s’intéresser davantage aux Roms et à  leur manière de vivre. Seulement, il a éprouvé de la difficulté à  vendre ses images à  des maisons d’édition qui auparavant lui faisaient passer contrat sur contrat. Emmanuel Guibert, dessinateur de BD, a décidé d’appuyer son travail : “C’est un ami très cher, et ce problème, beaucoup de photographes le rencontrent. Grâce à  lui, je me suis aussi intéressé à  la communauté Rom, et c’est tout naturellement que j’ai voulu lui rendre hommage.”

 

“En m’intéressant aux Roms, je me suis aperçu qu’ils avaient un savoir-faire artisanal qui est train de disparaître. Ils ont, pour leur part, des siècles de débrouillardise derrière eux, que d’autres gens qui se retrouvent dans la mouise n’ont pas forcément. En les aidant, nous avons essayé de les réintégrer dans la société, et finalement, transposer leur savoir-faire et notre aide à  des gens dans la même situation qu’eux. Mais les aider revient à  un travail de titan et l’on se rend vite compte qu’il faut évoluer au cas par cas.”

 

Evoluer à  une petite échelle, c’est aussi ce que constate Yves Leresche, un photographe suisse qui signe un album sur les Roms dans les pays de l’Est : “Souvent, les gens pensent que les Roms, c’est une sorte de mafia, mais dans le plus courant des cas, ce sont des familles, qui pour survivre, envoient des gens à  l’étranger. Donc si on veut les aider, il faut résoudre les problèmes au cas par cas, famille par famille et village par village. Nous ne pouvons en aucun généraliser les problèmes, car le nombre de facteurs qui font qu’aujourd’hui, ces gens se retrouvent dans de telles situations sont propres à  chaque histoire, à  chaque homme.”

 

Je pourrais être votre grand-mère

Un aspect que souligne également Joël Catherin. Ce jeune avocat d’affaires a été touché par la situation d’une grand-mère roumaine faisant la manche en bas de chez lui. Cette grand-mère lui rappelle alors sa propre grand-mère, et mué par l’envie de rendre un peu d’humanité aux SDF, il se met à  fabriquer des pancartes au style accrocheur et humoristique. Quelques temps après, Bernard Tanguy signe un court-métrage “Je pourrais être votre grand-mère“, mettant en scène l’idée de Joël Catherin, et qui est présenté ce week-end au public.

 

“Ce court-métrage, c’est aussi un film à  propos des choix que l’on fait. Cette grand-mère roumaine s’est retrouvée sans rien à  la fermeture de kholkoze et depuis 8 ans, elle mendie à  Paris pour envoyer ensuite de l’argent à  sa famille restée en Roumanie. Moi, qui venait d’un milieu modeste, j’ai voulu retrouver cette générosité, cette partie humaine qui était en moi. Je voulais que les gens recommencent à  les voir. Quand on discute un peu avec les SDF, on se rend vite compte que ce n’est pas par choix qu’ils sont là , et encore moins parce qu’ils ne veulent pas qu’ils y sont encore. Je me rends bien compte que je ne peux pas changer le monde à  moi tout seul, et qu’il y aura toujours quelqu’un pour me reprocher que je ne peux pas sauver tout le monde. Mais, au moins, j’ai la possibilité de pouvoir aider quelqu’un.” relève Joël Catherin.