30.08.2011

Les jeunes Hongrois et leur pays : témoignage

Texte de Sophie Koerfer | Photos de Sophie Koerfer
Que pensent les jeunes hongrois de la politique et économie de leur pays ? Qu'en est-il de leurs souhaits et espoirs ?
Bence
Photo: Sophie Koerfer

Bence, 26 ans, étudiant en économie

Je pense que le mot qui revient le plus, lorsqu’on parle de la situation politique en Hongrie, c’est « déception ». A mon avis, parler de politique en Hongrie est indissociable de l’économie. Pour l’instant, nous avançons pas à  pas, la situation s’améliorant de jour en jour, mais tout ce dont les gens se soucient c’est d’une bonne situation financière, et je pense qu’ils sont prêts à  écouter quiconque leur promet de l’aide. Lors de la chute du mur de Berlin en 1989, pour beaucoup, une ère de liberté avait commencé. Il était possible de créer sa propre entreprise, les gens étaient assez bien payés, mais cela n’a duré que quelques années… Pendant le communisme, il était impensable de perdre son travail ; les années qui suivirent, tout le monde voulait des changements, mais peu de gens étaient conscients de ce qu’ils allaient vraiment perdre. « L’homme est un loup pour l’homme » a été découvert par les Hongrois. Je pense qu’ils étaient assez naïfs et ils en payent les conséquences aujourd’hui. J’espère pour la Hongrie qu’un jour les gens pourront se dire : dans le futur, je pourrai vivre avec une marge, faire des économies. J’aimerais que les gens recommencent à  rêver.

Babi, 21 ans, étudiant en linguistique

Je suis à  moitié Hongrois, et pour moi, l’un des problèmes les plus importants ici est celui de l’image qu’ils – les Hongrois – ont d’eux-mêmes. Regardez leur Parlement, leur ville. A côté de leur Parlement, la maison blanche a l’air d’un pub. Je pense que les Hongrois désirent retrouver leur grandeur passée, mais qu’après tant d’années passées sous un régime communiste, il est difficile pour eux de créer une démocratie. Comment créer une démocratie quand ils n’en ont jamais eu ? De plus, après la chute de l’empire soviétique, je pense que les Hongrois sont allés de désillusion en désillusion. Le plus grand choc pour eux, a été à  mon avis, l’élection d’un gouvernement de gauche. Ils voulaient effacer leur passé communiste, ne plus en entendre parler. Malheureusement, ce n’est pas possible, puisque beaucoup de choses qui existaient depuis lors n’ont pas cessé d’exister. Après la Chute du mur de Berlin, beaucoup s’imaginaient que « pouf », ils allaient vivre comme les pays de l’ouest. Alors qu’à  mon avis, cela va prendre encore beaucoup de temps, car on ne peut effacer un passé aussi lourd que celui-ci. Mais ce que je sais, c’est que la progression se fait, et qu’il y a de l’espoir. Peu importe que le gouvernement soit de droite ou de gauche. Il faut qu’il corresponde aux désirs des gens.

Andris, 26 ans, employé en logistique

La politique, c’est un sujet qui nous concerne directement, car nous en dépendons, et parallèlement, du système économique. Je viens de l’est de la Hongrie où la situation est catastrophique d’après moi. Après 1989, personne ne voulait entendre parler du communisme, entrer dans l’Union Européenne : nous voulions vivre comme les pays d’Europe de l’Ouest, avoir leur standard de vie. Le gouvernement élu en 2010, de droite, nous avait promis quelque chose cher à  nos cŠ«urs : trouver un équilibre économique entre l’est et l’ouest de la Hongrie. Or, tout ce que nous voyons, c’est la fermeture des écoles pour cause de réduction des coût administratifs et comme résultat, les jeunes partent de leur région, cherchent du travail ailleurs, c’est-à -dire à  Budapest. Nous avons donc changé de gouvernement, mais tout ce que les gens voient, c’est du noir ou du blanc : ils oublient de juger objectivement, n’ont plus aucun espoir de voir leur situation s’améliorer. Depuis 20 ans, les gens vont de déception en déception, et je dirais que pour l’instant, nous sommes en « phase d’attente ». Nous rêvons donc d’un futur meilleur ; à  l’Est de la Hongrie nous rêvons d’un gouvernement qui nous écoute.