Culture | 23.07.2011

Rencontre avec les Cowboys Fringants

Texte de Camille Spühler | Photos de Céline Lüscher
Vendredi, passage des Cowboys Fringants sur la grande scène de Paléo. Je me retrouve donc dans leur loge, pour les interviewer. Mais notoriété oblige, je n'ai que 10 minutes. Malheureusement pour moi, les Cowboys sont connus et demandés. J'ai donc 10 minutes d'entretien avec Marie-Annick Lépine, multi-instrumentaliste et chanteuse du groupe et Jérome Dupras, bassiste. Ambiance détendue, l'heure est à  la rigolade et aux souvenirs.
Marie-Annick, Jérôme Dupras et Camille Spühler dans la loge des Cowboys Fringants.
Photo: Céline Lüscher

Malheureusement pour moi, les Cowboys sont connus et demandés. J’ai donc 10 minutes d’entretien avec Marie-Annick Lépine, multi-instrumentaliste et chanteuse du groupe et Jérome Dupras, bassiste. Ambiance détendue, l’heure est à  la rigolade et aux souvenirs.

 

Y a-t-il un cliché insupportable sur le Québec, un peu identique au cliché comme quoi tous les suisses sont banquiers?

Marie-Annick Lépine: (rires) Oui, c’est vrai! Mais je pense que le côté chemise de chasse, coureurs des bois est encore présent. Ca m’avait fasciné, il y a peut-être quatre ans de ça, à  Paris, quelqu’un m’avait dit «oh oui, vous vivez dans les bois, dans la forêt!». Mais ça se peut pas qu’ encore aujourd’hui il y ait des gens qui pense ça du Québec!

 

Jérome Dupras: Mais c’est vrai que tous les suisses sont riches? (rires des deux)

 

Pour étendre la culture de vos fans, apprenons-en un peu plus sur ce que vous écoutez et regardez comme séries typiquement canadiennes:

J D: Pour découvrir le Québec des grands auteurs-compositeurs, il y a eu de ces grands artistes là , Gilles Vigneault, Richard Desjardins, Robert Charlebois, qui nous ont évidemment influencé dans notre musique…

M-A L: Il y a Plume Latraverse aussi.

J D: Oui, Plume Latraverse aussi. C’est des gens qui reprennent des lieux, des expressions qui sont bien de chez nous. Donc à  travers ces musiques là , on peut découvrir le Québec.

M-A L: Puis de récent là , de plus jeune maintenant, il y a Bernard Adamus, Vincent Vallières qui a un grand succès au Québec, mais pourtant ça fait quelques années qu’il est là  déjà , mais il y a un gros succès cette année avec une chanson qu’il a jouée à  la radio. Point de vue séries télé, on a eu la chance cet hiver d’avoir une super série qui s’appelle 19-2. C’est une très belle série TV.

 

Comme l’interview a commencé en étant totalement décalée, continuons dans cette lancée; quelle est votre plus grosse bêtise étant jeune ?

J D: Oh, hier soir….(rires des deux). Euh, quand on était jeune, t’en as une?

M-A L: Mmh, non moi j’ai en ai pas. J’étais quand même une bonne élève et j’étais quand même à  mon affaire moi.

J D: Ouais, ouais, on était déjà  sage.

M-A L: Mais parce que JF (Jean-François Pauzé) et Karl (Tremblay) se sont fait mettre en dehors de toutes les écoles. Tu sais c’était des petits délinquants. Et puis Jérome (Dupras) et moi on étudiait, on était des bonnes personnes (rires): on n’a pas égaré trop de monde!

J D: Oui, on était sage.

 

Est-ce que vous connaissez quelques spécialités suisses? Si oui, lesquelles aimez-vous?

M-A L: Bah, la fondue…

J D: Oui, la fondue…et la crème de Gruyères (double crème). Nous on a des fromages de chez vous qui sont importés chez nous. Et les chocolats, tout ça on connaît, mais la crème de Gruyères on n’en trouve qu’ici, alors on aime bien. Et puis sinon les vins aussi, on aime beaucoup les vins suisses.

M-A L: Et puis on n’en a pas tellement que ça chez nous.

J D: Les vins, non pas beaucoup. On vient ici pour les boire.

M-A L: Ouais! C’est ça.

 

Y a-t-il quelque chose que vous trouvez vraiment bizarre en Suisse?

J D: Euh, bizarre…l’accent! (rires des deux)

M-A L: Bah, il y a différents accents un peu partout, c’est ça l’affaire qu’est spéciale ici, je trouve. Parce que vous êtes quand même tous assez proches et puis finalement ça change d’un endroit à  un autre. Moi je me souviens de la dernière fois qu’on est venu au Paléo, la dame qui nous conduisait, elle avait un accent comme chez nous! Elle parlait comme des québécois (rires)! Mais c’était une région de la Suisse, où les gens avaient cet accent là .

J D: Ah oui, sinon je trouve qu’avec un paysage très montagneux comme celui là , vos routes sont étroites. J’ai peur de conduire dans vos routes sinueuses comme ça…vous êtes des bons conducteurs!

 

Comme vous avez crée un calculateur d’émission de CO2 proposé aux artistes du Québec et que Paléo fait très attention à  réduire ses émissions de CO2 au maximum, avez-vous prévu une collaboration pour proposer ce calculateur aux artistes suisses, ou au moins ceux qui passent à  Paléo?

M-A L: Oh, ça serait une belle idée!

J D: Oui, mais il est fabriqué pour un modèle québécois…Mais je sais qu’il y a différents calculateurs qui existent, spécifiques aux routes européennes, aux modèles de voitures, aux différents moteurs. Mais c’est sûr qu’on est hyper sensible quand on vient dans des festivals comme ça, qui prennent toutes les précautions nécessaires pour minimiser les impacts écologiques. Mais nous, ça nous touche parce qu’on voit qu’on travaille un peu de la même façon tant au niveau de l’artiste que de l’organisation.

 

Comme vous avez beaucoup de fans en Suisse et que j’en connais quelques-uns, je leur ai demandé quelles questions ils avaient à  vous poser:

 

Beaucoup de vos chansons sont des récits de délaissés de la société, de marginaux (par exemple la chanson Hannah,…). A quel point sont-elles biographiques ou est-ce des textes écrits pour se moquer de la société?

J D: Il y a beaucoup d’éléments chez Jean-François (Pauzé) qui écrit la majorité des textes. Comme par exemple dans la chanson «Ti-Cul», c’en est un qui a un peu de la difficulté à  suivre le modèle scolaire et aimerait mieux faire son chemin dans les arts, c’est un peu autobiographique chez lui, mais en même temps tout ce qui est portrait, personnages, etc, c’est plus inspiré des gens qu’on croise.

M-A L: Comme «mon chum Rémi», c’était un petit peu inspiré d’un ami à  nous qui allait pas bien en cette période là  de sa vie. Mais généralement, il y a aussi beaucoup d’observations de ce qu’il y a autour de nous puis c’est des personnages qui sont ensuite crées de toutes pièces. Cette Gina Pinard («L’agaspésie»), on la connait pas! On sait pas c’est qui là , c’est un personnage inventé (rires), mais qu’est plus dans les chansons humoristiques.

 

Sur votre site vous offrez vos partitions à  télécharger gratuitement. Est-ce que ça fait partie de votre état d’esprit ouvert ou est-ce que c’est courant au Québec?

M-A L: Non non, c’est pas courant, enfin je crois pas que ça soit courant. Mais ça a été long avant que le livre de partition soit prêt (rires) et puisque c’était tard on s’est dit qu’on allait le mettre sur notre site internet et que ça allait faire quelque chose d’intéressant pour les jeunes. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui nous écrivent pour avoir nos partitions de violon, de guitare, et tout ça, donc…la basse un peu moins, hein? (rires) Mais finalement on s’est dit que ça devait être accessible à  tous.

 

Est-ce que le public suisse est un bon public? Avez-vous de beaux souvenirs avec ce public?

M-A L: Certainement! Très beaux souvenirs, premièrement ici en 2006. Ce souvenir là , c’est mémorable: on savait pas à  quoi s’attendre à  ce moment là  et puis finalement il y a avait du monde sous le chapiteau et les gens ont embarqué et il y avait quand même quelques personnes qui connaissaient nos chansons; mais c’était pas la majorité et je pense qu’on a réussi à  gagner le public. Maintenant en Suisse, l’Arena de Genève, on l’a faite deux fois et c’était beaucoup de monde là  dedans, puis tout le monde chantait toutes les chansons! Et là  on s’est dit «il y a vraiment des gens qui apprécient nos chansons en Suisse!» Mais c’est peut-être pas ce soir que ça va se passer comme ça, parce que peut-être que les gens ont acheté le billet seulement pour voir PJ Harvey, ou un autre artiste, donc on sait pas s’il y a beaucoup de gens qui vont connaître nos chansons.

 

Quelles sont à  chacun de vous deux vos chansons préférées dans vos albums?

J D: Moi, ça serait «Les Etoiles Filantes».

M-A L: Ah, j’allais proposer un peu la même affaire mais si tu dis ça je vais dire autre chose. Tu dis «Les Etoiles Filantes»?

J D: Ah oui, moi j’ai déjà  dis! (rires)

M-A L: Ok, alors c’est sûr que «Plus Rien» a été une autre chanson très importante pour l’Europe, pour se faire connaître ici. Je pense que les deux chansons qui ont le plus marqué le public ici ont été «Plus Rien» et «Les Etoiles Filantes». Au nombre de courriels qu’on a reçu, même pour «Plus Rien», des professeurs qui faisaient chanter ça à  leur élèves, on recevaient des vidéos de classes qui chantaient «Plus Rien» (rires des deux). Encore plus que pour «Les Etoiles Filantes». Mais «Les Etoiles Filantes», c’est magnifique pour terminer un concert. Et c’est des européens qu’on a pris l’idée de faire chanter le thème d’accordéon au public à  la fin des concerts. Parce que chez nous, les québécois on n’est pas partant à  chanter les thèmes musicaux, mais en Europe, on sait pas pourquoi, mais les gens chantent les bouts que je joue à  l’accordéon. Alors on l’a refait aux concerts par la suite.