Culture | 19.07.2011

A lire au bord de l’eau

Aujourd'hui et comme depuis quelques temps, c'est l'été. L'occasion de se reposer les neurones en lisant les magasines people à  la plage en faisant bronzette ou en passant ses soirées devant Secret Story. Mais pourquoi ne pas lire un roman?
Image tirée de l'adaptation cinématographique du roman "Le magasin des suicides"

Un roman?! Oui. Découvrir, voyager, rire, pleurer, apprécier, dévorer: c’est à  ça que sert un roman, Et pourtant, les pouvoirs bénéfiques de ce petit carnet sont bien souvent oubliés pendant les trois longs mois couverts d’un soleil d’été. Je propose donc à  tous, amateurs ou amoureux de lecture en tous genres, rétissants et dégoûtés de tout ce qui comporte plus de 100 pages, chaque semaine un nouveau «roman à  lire au bord de l’eau».

 

Imaginez un monde triste et noir, morose et où personne n’a plus goût à  rien. Les habitants tombent des immeubles comme des mouches, ils se jettent sous des voitures, veulent tous se suicider. Mais dans cette endroit, il existe une petite boutique: le magasin des suicides. «Vous avez raté votre vie? Avec nous, vous réussirez votre mort!» Voilà  le mot d’ordre de la famille Tuvache, qui porte tellement bien son nom. Depuis dix générations, cette boutique vend tout ce qu’il y a de possible pour se suicider. En passant par les plus basiques, cordes de chanvres, lames de rasoir, revolvers, aux plus farfelus, bidons de napalm, tantos (sabre japonais pour se suicider en hara-kiri ou seppuku), poisons faits maison, pommes empoisonnées, kits pour faire son propre poison, casque qui fait exploser la cervelle, ou baiser empoisonné, tous les moyens sont bons pour s’offrir le plus beau suicide de sa vie. En plus, dans le magasin des Tuvache, c’est «mort ou remboursé»!

 

La mère s’appelle Lucrèce, comme la dame romaine, fille de Spurius Lucretius Tricipitinus, réputée pour sa beauté, qui s’est fait violée et ensuite s’est suicidée avec un couteau; le père Mishima, comme le poète japonais Yuko Mishima, suicidé en 1970 par seppuku; la fille Marilyn, en référence à  Marilyn Monroe, prétendument morte suicidée d’une overdose; le fils ainé Vincent, référence à  Vincent Van Gogh, suicidé d’une balle en pleine poitrine. Le petit dernier se nomme Alan, comme Alan Turing, mathématicien homosexuel qui s’est suicidé en croquant dans une pomme au cyanure, laquelle a peut-être donné naissance au logo d’Apple, puisque Turing est l’inventeur de l’ordinateur moderne. Ils portent tous un nom rempli de tristesse et sont tous moroses. A part le petit dernier, Alan, qui devient petit à  petit le pire ennemi de la famille: il sourit! Il est heureux, il respire la joie de vivre et commence à  rendre heureux certains clients….

 

Véritable tour de force de Jean Teulé, «Le magasin des suicides» est un livre qu’on dévore en moins de deux. Les personnages, malgré leurs déprimes respectives, sont emplis d’humour et très attachants. En parlant de la mort et du suicide, sujets tabous dans la société, avec un humour noir et décalé, Jean Teulé permet à  notre imagination de s’écarter un peu des interdits de ce monde et de rigoler de ce qui n’est pas sensé être drôle: le profond chagrin des gens de ce monde et leur mort.