Culture | 28.06.2011

Cartographie N°10 ou l’histoire d’un succès annoncé

Le projet des Cartographies est né en 2002 d'une volonté d'entrainer la danse contemporaine hors de son contexte habituel, de l'amener à  un autre public afin casser les préjugés que l'on s'en fait parfois.. C'est pari réussi pour Philippe Saire qui présentera cette semaine au Festival de la Cité sa 10ème et pénultième Cartographie.
Phillipe Saire en répétition Photos: Frédérique Danniau

 

Une ancienne et profonde passion pour la danse, un jeu de séduction avec la ville de Lausanne et ses curiosités architecturales où se croisent tous les passants, tels sont au départ les composants des Cartographies. Car comme Philippe Saire le dit si bien « La ville nous offre des espaces que je ne pourrais jamais me payer sur une scène de théâtre » C’est donc un spectacle qui ne se joue que dans un seul et même lieu. Le temps de préparation joue un grand rôle également car il demeure très court. C’est un vŠ«u du chorégraphe de laisser une impression d’inachevé, un croquis de danse, léger et rapide.

 

Pour la 10ème édition, Philippe Saire nous entraine au lieu-dit « le jardin des Colombes ». Une fine et longue étendue d’herbe étriquée entre le Gymnase historique de la Cité et un talus abrupte. Une perspective exploitée par les danseurs qui n’hésitent pas à  fuir le spectateur jusqu’au fond du jardin pour parfois jouer avec les ombres sur les grands murs centenaires. Une lumière sobre et douce pour révéler des corps à  la fois simples et complexes, simplement celle des salles de classe du gymnase, qui est projetée à  la perpendiculaire du jardin. Des angles et des droites arrondis par les mouvements gracieux des danseurs. « C’est l’analyse et les choix de cette exploitation physique de l’espace, et cet ensemble de situations, mensonges à  la face, réalité au lointain, entrées-sorties, portes claquées, qui m’a amené à  avoir envie de travailler sur la forme du vaudeville et ses quiproquos. Un vaudeville ici évidemment décalé par le langage de la danse, mais aussi par l’espace distendu, la présence de l’herbe, la distance étirée d’une porte à  l’autre (…) le choix de la distribution s’est donc porté sur le trio standard du genre : une femme, son mari et son amant. » (Philippe Saire, notes d’intention)

 

Sur ce thème du Vaudeville donc, on assiste d’entrée de jeu à  une confrontation se mêlant à  la séduction. La femme résiste à  l’amant et finit par céder. Ce jeu restera le fil rouge tout au long de l’esquisse chorégraphiée : des affrontements, de la tendresse. Sans un mot, le geste prend de la hauteur et se fond dans les pierres de la bâtisse. On ne sait plus si ce sont les danseurs qui s’adaptent aux murs ou l’inverse. Un personnage disparait à  l’intérieur, deux réapparaissent, un troisième arrive, repart. On respire avec eux, au rythme irrégulier de leurs pas. On sourit parfois, cela reste un genre de poésie légère ! Quand les amants sortent en douce par la fenêtre, les cheveux ébouriffés et à  moitié nus, ils se font surprendre par le mari. Les hommes s’affrontent dans un entrelas de corps, la femme se dresse entre eux, ils se révoltent contre elle. Elle hésite, revient vers l’un, vers l’autre, un choix doit être fait. Nullement besoin de paroles, tout se dit par la posture et les gestes.

 

Aucune musique n’est diffusée et cela n’est pas nécessaire. On se laisse simplement accompagner par le doux chant des criquets au crépuscule. Une ambiance intime et feutrée nait de cette proximité entre la nature, le public et les comédiens. La chaleur douceâtre de l’été accompagne le spectateur jusqu’à  l’aube de la nuit. Un temps merveilleux pour danser.