02.05.2011

Retraite dans un monastère

Texte de Sophie Koerfer
Passer les fêtes de Pâques dans un monastère ? Pourquoi pas. Profiter pour se ressourcer et réviser pour le bac ? Encore mieux.
L'Arche, les chambres d'hôte La maison du silence, également chambre d'hôte du monastère Le monastère vu du jardin L'église du monastère

Ce qui embellit un désert, c’est qu’il y a toujours un puits quelque part…*

Celui qui franchit la porte de cette église en temps pascal est plutôt surpris: un clapotis d’eau se fait entendre, près de l’autel. Entourée de fleurs et d’ornements, dans une atmosphère chargée d’encens et dans la lumière feutrée se trouve une petite fontaine. C’est elle qui attire les en premier le regard, et puis le visiteur regarde autour de lui.

 

L’église est étonnement moderne, grand bâtiment austère construit en briques rouges en 1928. Pourtant, malgré son aspect imposant, l’église du monastère invite à  prendre un temps de recul, à  l’écart de la vie quotidienne. En bonne et due forme de la tradition bénédictine, l’hospitalité ne fait pas défaut. Pourtant, les monastères ont longtemps été fermés au grand public : « Nous avons été les premiers à  ouvrir notre monastère au public en Allemagne dans les années huitantes, puis d’autres ont suivi, en aménageant des annexes du monastère en pension. Puis pendant longtemps nous avons surfé sur cette vague » ajoute Père Helmut avec un sourire.

 

Les Konventgäste

S’arrêter dans un monastère, c’est prendre un temps de recul, écouter, pouvoir partager ses problèmes, … et se rencontrer. Pour cela, le monastère et son association organisent divers séminaires, un programme riche et varié, des semaines de marches qui attirent une huitantaine de personnes de toute l’Allemagne et des environs. Qui, il faut le dire, sortent de l’image traditionnelle que beaucoup de gens ont de l’église, c’est-à -dire, sérieux, ennuyeux et barbant. Qui a déjà  fait du Tai Chi à  deux heures du matin avec un moine ? Qui s’est déjà  vu raconter des histoires irlandaises de Noël, où les protagonistes sont des sans-abris ivres ?

 

Ils offrent notamment aussi des semaines de retraite (mais que pour les hommes puisque ce sont des moines, les-dits Konventgäste) où les jeunes gens peuvent profiter de réviser divers examens. En effet, ici, rien ne vient les distraire. Pas d’internet dans les chambres – donc pas de facebook – et simplement un lieu de retraite silencieux où, si l’on n’en peut plus de réviser, on peut aller faire une marche dans les magnifiques alentours. « Je n’ai même pas pris mon ordinateur portable, ni iPod. Je voulais être sûr que je ne sois pas distrait par d’autres choses pendant que je révise pour mon Abitur» nous confie un jeune Allemand. « Je ne pense même pas venir aux messes, ni au déjeuner. Enfin, peut-être quand même pour la messe de Pâques… »

 

Pour les femmes, et les autres visiteurs qui ne sont pas des Konventgäste, des chambres sont aménagées dans divers bâtiments, des chambres rustiques certes, mais qui semblent exulter une sorte de calme, qui font qu’on relaxe immédiatement, et que l’on puisse vaquer à  ses activités sans se sentir coupable de ne pas avoir été à  une messe, ou de ne pas avoir suivi tel séminaire : car on est libre, libre de ne pas croire ou croire, mais surtout de faire ce qu’on veut, et se recentrer et concentrer sur la vie présente, passée et future.

 

Trouble in paradise

Malheureusement, tout n’est pas rose dans l’abbaye. En effet, qui de nos jours veut devenir moine ? Une question qui pose de sérieux problèmes et entraîne toute une série de conséquences financières inévitables: ils ont dû abandonner leur potager, ils n’ont plus de moine boucher, menuisier… et ils ne peuvent pas monter les prix des séminaires et des diverses activités, sous peine de ne plus avoir de gens qui viennent. « Nous remarquons aussi une baisse de jeunes gens, d’une nouvelle génération. Ceux qui venaient dans les années nonantes sont devenus plus âgés, et en conséquence la moyenne d’âge augmente » note Père Helmut. Mais de là  à  dire qu’ils sont inintéressants pour la génération jeune, il y a un grand pas à  faire. En effet, qui organise des messes rock avec die Toten Hosen, un des groupes de rock les plus célèbre d’Allemagne ? Et accueille le promeneur fatigué avec une bière bien froide ? Le monastère a encore de beaux jours devant lui….

 

*Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince

 

Ähnliche Artikel