Culture | 31.05.2011

«Moi, Eternel enfant» Egon Schiele

Ces deux dernières semaines se dansait au théâtre Sévelin 36 à  Lausanne, «Moi, Eternel enfant» Egon Schiele: un spectacle de danse mêlant chorégraphie, jeux d'acteurs et vidéographie. Quelque chose d'époustouflant où aucune parole n'est nécessaire pour comprendre la vie et l'âme d'Egon Schiele, grâce à  la collaboration de Daniel Salzmann et Stéphane Victoria. Entretien avec ce dernier, ancien élève de Maurice Béjart.
Détail de l'affiche pour "Moi, Eternel enfant" Peinture d'Egon Schiele, dont est tirée l'affiche.

C’est un spectacle de longue haleine que vous nous présentez, comment avez-vous travaillé avec vos dix danseuses ?

Elles sont toutes non professionnelles, c’est pourquoi il fallait d’abord leur faire maîtriser ce qu’elles faisaient. Entre nous il y a des affinités sincères, presque familiales, cela ne ment pas sur scène et c’est cela qui crée la véritable relation entre Egon et ses modèles.

A plusieurs reprises on voit Schiele «emporter» ses modèles et ses amantes comme un paquet sous le bras. Les traitait donc t-il comme des objets ?

Non ! Il les emmène dans son atelier, les enlève de la société superficielle de Vienne, des mondanités qui sont les fruits de l’hypocrisie. C’est juste un rappel au mannequin – plastique, le fait de s’approprier une femme. Mais Egon est comme un enfant, les yeux pétillants au pied du sapin, il admire les femmes. Ses modèles sont sa drogue.  Son âme d’enfant n’était pas viable dans cette société-là .

 

Tout au long de la pièce, des danseurs prennent la pose et on assiste à  une sorte de dégradé de forme, où la photo du danseur se transforme en une peinture de Schiele. Pourquoi le besoin de se raccrocher à  cela ? Ne vaudrait-il pas mieux laisser libre cours à  son interprétation ?

Le risque était de tomber dans le pathos. Si on avait mis sur scène des chevalets ou des pinceaux, on aurait vite glissé dans le pathétique. D’où l’idée d’utiliser les morphings, pour faire un véritable lien avec la réalité physique, ce que l’on fait sur scène. Simplement projeter des toiles n’aurait servi à  rien.

 

Toute cette nudité sur scène, était-ce obligatoire ? Pouvait-on suggérer la nudité sans déshabiller les danseuses ?

La peinture de Schiele est très crue. Même quand il peint le portrait de sa famille avec son enfant, qui n’est jamais né d’ailleurs, tout est torturé. La nudité était par là  nécessaire. Mais elle appelle à  autre chose, c’est une mise en valeur même si pour Egon c’était sans doute aussi une pulsion d’homme qui le poussait à  cela.

 

Et pour terminer, que diriez-vous aux détracteurs de la danse contemporaine ?

En contemporain tout est possible, je ne fais pas du « contemporien » comme dirait Gad Elmaleh, je fais du «comptant pour quelque chose» !