Culture | 23.05.2011

La nuit des bains

La Nuit des Bains, à  Genève a pour objectif l'encouragement et le rayonnement de l'art contemporain, particulièrement dans le Quartier des Bains (rien à  voir donc avec une quelconque journée portes ouvertes des piscines et plages publiques...). Un moyen pour les exposants d'ouvrir leurs galeries qui peuvent parfois sembler un peu distantes du grand public.
Drapeau du Président Vertut, lauréat du Prix du Quartier des Bains 2011. Photo Olivier Vogelsang. Source: quartierdesbains.ch Entre Philippe Cramer et ses Rorschach, on ne sait plus où se situe l'oeuvre.
Photo: Sidney Honffo Julien Garnier, 25 ans est aussi accessible qu'un journal dans une caissette. Sidney Honffo

Bien sûr, il y a toujours les grands clichés de l’art contemporain : les riches investisseurs et leurs jeunes compagnes « sortent leurs plus belles chaussures et viennent sentir les gens et les tendances. » dixit une visiteuse. Mais au-delà  de cet aspect peu reluisant de cet univers, il y a certains artistes qui retiennent votre attention. Rencontre avec deux d’entre eux.

 

Entre l’artiste, le galeriste et le vendeur de meubles, Philippe Cramer ne se définit pas. Ses créations, qui sont avant tout des objets usuels tels que des lampes ou des armoires, sont « un parfait mélange entre l’utile et l’Š«uvre » comme il tient à  le préciser. « Je n’aime pas le mot « design » qui fait appel dans notre inconscient collectif à  l’industriel. L’artisanat est plus humain. Oui j’ai créé plusieurs armoires mais elles sont toutes uniques. » Uniques car la technique qu’il utilise pour orner les panneaux de bois de ses meubles est celle de Rorschach. Un clin d’Š«il à  son père, psychiatre de profession, mais surtout pour parler du hasard. « Le hasard intervient dans le dessin final, l’aléatoire angoisse les gens en général ! » Et quand on joue l’avocat du diable et qu’on prétend que tout le monde peut le faire (ce qui est le cas de beaucoup d’Š«uvres d’art contemporaines) il nous répond «  Je suis tout à  fait d’accord ! Ce n’est qu’une réinterprétation. Ce serait prétentieux pour un artiste de penser qu’il est le premier à  faire ce qu’il crée. » Au-delà  du « tout le monde peut faire ça », on sent chez Philippe Cramer une réelle intention. Le jeu des couleurs est recherché, l’architecture travaillée et c’est tout simplement beau !

 

La seule Š«uvre d’art qui se trouve à  l’extérieur s’intitule « What you see is what you get ». Elle n’attire pas notre attention au premier regard. Et pour cause, c’est une caissette à  journaux ! Une petite affichette indique : « Ceci est un dispositif artistique. Vous êtes invités à  vous servir. Chaque carte est numérotée et signée par les artistes (250 exemplaires originaux). Pour la somme de 1.- CHF. Devenez collectionneur. »

 

Julien Garnier étudiant à  la HEAD et co-créateur de l’Š«uvre avec Anne Even nous explique : « Ce dispositif invite le spectateur à  interagir physiquement avec l’oeuvre et à  s’interroger sur les mécanismes mercantiles de l’art, entre acquisition et valeur marchande, entre discours critiques et démarches artistiques . »

 

En effet, s’il faut certainement une bonne dose de confiance pour vendre des journaux en libre service, qu’en est-il pour une Š«uvre d’art ! « En France, là  d’où je viens, personne ne payerait son journal s’il était vendu de la sorte. C’est aussi un pari sur l’honnêteté du public. Et c’est l’occasion de se dire que, bien qu’il y ait une intention artistique derrière, cela reste du carton. D’où le nom de l’Š«uvre et le franc symbolique ! » Franc réellement symbolique car les deux-cent-cinquante francs récoltés ne couvriront même pas le coup de l’installation. Dure, dure la vie d’artiste, mais si enrichissante pour le public.