Culture | 30.04.2011

Roman mutant

Texte de Joëlle Misson
Vendredi 29 avril, Rolland Auda dont le dernier roman "Le Dévastateur" est sorti récemment aux éditions Sarbacane, était présent au Salon International du Livre et de la Presse à  Genève, pour un débat intitulé "Vers un roman mutant", animé par la journaliste Céline Fossati.
Photo de Joëlle Misson Photo de www.editions-sarbacane.com

Rolland Auda est un auteur français, professeur de philosophie dans un lycée d’Alès, au Sud de la France. Son premier livre Gringo Shaman, sorti en 2008, raconte comment Robin, 18 ans, part en Equateur pour y vivre un destin de guerrier dans un univers de shaman. Cette année, la Collection Exprim’ des éditions Sarbacane publie Le Dévastateur son deuxième roman.

 

L’histoire met en scène près d’une vingtaine de personnages, dans le Sud de la France « c’est-à -dire n’importe où » et se déroule au 21ème siècle « c’est-à -dire n’importe quand (1)». Baston, suspens, enquête, vengeance, mais aussi amour et amitié, Rolland Auda ose tout, mélange les références entre musique, série TV et cinéma, de Kill Bill aux Affranchis de Martin Scorsese et de John Lennon à  Nick Cave. D’ailleurs le masque que revêt Julius, dit le Dévastateur, rappellera à  certains le célèbre catcheur mexicain connu sous le nom de Blue. A propos du contenu, Auda avoue ne s’être pas autant soucié de l’avis du lecteur pour Le Dévastateur qu’en rédigeant Gringo Shaman, dans lequel il dit avoir fait quelques erreurs qu’il ne renouvellerait pas aujourd’hui.

 

Exprim’ est une collection de romans urbains « Nouvelle Génération » mixant sans gêne tous les styles et les références, à  l’image du livre de Rolland Auda. La question qui survole Le Dévastateur est celle de son adéquation à  de jeunes adolescents. Publié chez un éditeur jeunesse, recommandé dès 15 ans, y-a t-il vraiment sa place? Les adolescents s’y retrouvent-ils dans ce monde de zone, de came et de bordel? C’est que l’univers présenté n’est pas drôle tous les jours, et même parfois choquant, voire difficile à  suivre.

 

L’autre particularité de Rolland Auda se trouve dans l’invention du Ouinche, langue parlée par les jeunes héros – Diego, qui nous emmerde, n’a que 12ans – du Dévastateur. Comprenant une cinquantaine de mots, il faut s’accrocher, surtout au début, pour comprendre la signification de ce dialecte des jeunes de la rue, quitte à  en passer un ou deux, car vous risqueriez de « compringuer nada (2)». Au fur et à  mesure que les mots se répètent, on commence à  connaître leur signification et le Ouinche perd peu à  peu de son mystère.

 

Malgré le fait que Le Dévastateur soit destiné à  la jeunesse, de par son éditeur principalement, est-elle seule ciblée? Céline Fossati note que la limite entre les générations se fait de plus en plus floue et le temps d’une génération de plus en plus courte. Les 12-15 ans font-ils encore partie de la même génération que les 18-20 ans? On interroge ici les frontières de ces romans destinés aux « ados ». Et Roland Auda de dire « Même les adultes lisent Harry Potter. » Non pas parce qu’ils aiment les livres d’enfants… « Peut-être parce qu’ils veulent de la magie ».

 

Mais aujourd’hui que veulent les jeunes? Du fantastique, du surnaturel, quelque chose qui sorte de la réalité pure, qu’ils connaissent trop bien. Mais ils veulent aussi pouvoir se retrouver, d’une manière ou d’une autre, dans ce que qu’ils lisent. C’est d’ailleurs là , par exemple, l’explication du succès des romans de vampires, que Rolland Auda adore; un univers irréel, bien loin de notre vie quotidienne, et en même temps si proche par ses thématiques dominantes: l’amour et la mort. Qui donc ne sent pas concerné par la question de l’amour et celle, mystérieuse, de la mort et de l’éternité? Je ne crois pas m’aventurer bien loin en disant que chaque être humain, et ce, qu’il soit adolescent ou adulte, y est confronté, à  un moment ou un autre.

 

Le Dévastateur, lui, bien qu’il soit une fiction, fait état d’une réalité qui pourrait exister. Ici pas de vampires, mais des personnes bien vivantes, avec leurs problèmes. Et de ce fait, il aborde une multitude de thématiques dont la violence semble se faire sa place en pôle position. Alors qu’en sera-t-il de l’impression exercée sur les lecteurs, adolescents en particulier? Sauront-ils s’accrocher à  ce monde de dingue ou en seront-t-ils comme amèrement repoussés? Quoi qu’il en soit, Le Dévastateur peut être défini comme un roman « cross-age », traversant les générations, un roman mutant adapté et destiné à  chacune d’entre-elles, du moment que le lecteur est prêt « à  vivre l’apocalypse (3)».

 

(1,2,3 Citations tirées du livre « Le Dévastateur » et de la bande-annonce.)

 

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