Culture | 15.04.2011

Focus sur le cinéma marocain

Texte de Juliette Ivanez
Ce jeudi, le FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève) mettait à  l'honneur le Maroc en présentant trois films extraits du paysage cinématographique, émergent mais néanmoins dynamique, de ce pays. L'équipe de Tink.ch Romandie a assisté à  la projection de « La Grande Villa » (« Ad-Dar Lakbira » en version originale), long-métrage du réalisateur marocain Latif Lahlou.
Image: hichamnazzal.over-blog.com/ Latif Lahlou, réalisateur. Source:www.aufaitmaroc.com

Latif Lahlou est loin d’être un débutant dans le domaine. Né en 1939 et formé à  l’IDHEC (Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques, remplacé aujourd’hui par la Femis) à  Paris, il étudie aussi la sociologie à  la Sorbonne. Tour à  tour monteur, réalisateur ou producteur, le cinéaste compte à  ce jour sept longs-métrages à  son actif. Malheureusement absent pour cause de maladie lors de la projection, il livre avec « La Grande villa », sorti en 2010, un film-regard bilingue sur la confrontation de deux cultures et la problématique complexe des mariages mixtes.

 

« Adieu Paris, adieu tristesse »

Laurence, française, et son mari Rachid, d’origine marocaine, vivent à  Paris avec Sami, leur fils de 7 ans. Tous deux ont passé un accord : dès que Laurence aura obtenu son agrégation en ophtalmologie, la famille partira s’installer au Maroc, dans la ville où Rachid a grandi. Vient alors le jour du grand départ, et du dépaysement total. Si Laurence est globalement bien accueillie par la famille de son mari, elle éprouve quelques difficultés à  se fondre dans la culture locale, et doit affronter continuellement les tentatives de Amal, la belle-sŠ«ur de Rachid, pour la rabaisser (« Tu n’es plus à  Paris, tu ne peux pas t’habiller comme ça ici ! »). Le film souffre parfois de quelques longueurs dans le scénario ; mais l’histoire reste touchante de cette femme de l’Occident, à  la fois forte et fragile, toute décidée à  faire des concessions mais qui finit par imploser sous le poids des coutumes familiales et d’un mari trop souvent absent.

 

« Dans les familles arabes on aime les complots, les mystères…c’est comme les Italiens ! »

La principale qualité que l’on concèdera à  ce film est sans aucun doute son ton extrêmement juste, dépourvu des clichés dont on peut classiquement craindre d’être abreuvé dans une Š«uvre traitant du choc des cultures marocaine et française. Si le jeu des acteurs résonne parfois de manière trop théâtrale, il n’éclipse jamais totalement le caractère authentique des personnages et des lieux présentés. A la fin de la séance, un jeune spectateur confie ses impressions : « C’est sûr que du point de vue de la technique, de l’image ou du scénario, ce film n’a rien d’extraordinaire ; mais il est simple, agréable à  regarder, et j’ai beaucoup appris sur la culture et les traditions familiales du Maroc ». Le second point que l’on retiendra est le très beau portrait qu’il fait des femmes : qu’elles soient d’Orient ou d’Occident, elles tiennent une place de choix et sont dépeintes dans leur psychologie d’un ton authentique, pudique, parfois comique mais jamais railleur. On salue par ailleurs la belle performance de l’actrice française Mélanie Maudran (découverte dans la série « Sous le Soleil »), qui campe dans ce film une femme réservée mais extrêmement lumineuse.

 

Avec « La Grande Villa », le FIFOG a su entrainer ses spectateurs dans une plongée au cŠ«ur d’une famille marocaine, explorant ses coutumes et ses relations d’autorité complexes. Une famille fortement empreinte de la pression de la tradition, mais solidement unie et marquée par une bienveillance sans faille des uns envers les autres ; et si le film, construit tel un témoignage, ne prétend à  aucune leçon, on en retient une fois de plus que l’essentiel, lorsqu’on traite des rapports entre Orient et Occident, n’est plus la confrontation mais bien la tolérance.

 

Toute la semaine, l’équipe de Tink.ch Romandie continue à  vous faire vivre le festival comme si vous y étiez !