18.04.2011

Carnet de route

Texte de Stefano Torres
Nombreuses sont les classes de troisième année de gymnase à  être parties en voyage « d'étude », cette semaine avant les vacances de Pâques. Stefano nous livre ici un récit plus ou moins saccadé de son voyage à  Prague avec sa classe du gymnase de la Cité.

Dimanche 10 avril

Nous arrivons à  l’aéroport, après environ une heure de vol, et prenons directement le bus pour nous rendre à  l’auberge Ritchie’s Hostel and Hotel, au centre ville de Prague. Je me sens déjà  bête d’avoir pris l’avion pour seulement une semaine – que dis-je? quatre jours et demi – et pour une si courte distance. En plus, ma première impression des rues tchèques que j’observe à  travers les fenêtres c’est qu’on est toujours en Suisse ; tout est propre, rangé, beaucoup de végétation et peu de Tchèques en vue.

 

Terminus, tout le monde descend. Tout le monde égal une classe de vingt-deux élèves plus le double d’autres touristes à  se rendre dans le métro, valise en main et sac à  dos ; vous imaginerez les Tchèques nous observer avec un sourire au coins des lèvres. On prend des escalators, long, très long, et on arrive enfin sur une station calme et pas du tout glauque – contrairement à  ce qu’on voit dans les films de « ces pays de l’Est ».

 

Une fois en ville, les choses se corsent : il nous faut trouver l’auberge parmi un labyrinthe de rues étroites à  hauts immeubles. Les trottoirs pragois ne sont faits que de pavés, ou presque. On ne passe donc pas inaperçus avec nos valises à  roulettes. On se trompe de rue une ou deux fois, les profs hésitent, regardent le plan, puis trouvent l’entrée de l’auberge au fond d’un magasin de tableaux pragois. Il faut monter un étage d’escaliers étroits pour arriver à  la réception. On nous donne nos cartes magnétiques pour les chambres et tout le monde va s’installer : une chambre pour les gars, une pour les filles. Rendez-vous dans une heure pour la première visite : le Pont Charles. D’ici une heure on a le temps de manger, chacun pour soit ; pour bien m’intégrer je commence par une pizza médiocre chez un vendeur de Kebab.

 

Nous visitons ce fameux Pont Charles, impressionnant avec toutes ses statues – je n’avais jamais vu un pont avec des statues – et ses deux sombres tours en guise d’entrée. Sur le pont il y a les musiciens, les vendeurs de souvenirs, et des touristes immortalisant la Vltava, la plus longue rivière Tchèque coulant sous nos pieds.

 

Le soir nous avons droit à  notre premier repas Tchèque. Mme Magnin nous emmène dans un restaurant sous-terrain, une sorte de cave médiévale. On commence par une soupe suspecte, servie dans un pot – un peu à  la Viking – puis une viande de… porc? recouverte d’une tranche de jambon, une sauce et des grosses frites.

 

Fin du premier jour, ça commence bien pour les intéressés : après avoir supplié les profs on nous donne quartier libre pour sortir ce soir. Destination : la soit-disant plus grande boîte d’Europe Centrale, la Disko Lávka. C’est cinq étages à  styles de musique différents et tout sauf des Tchèques : Français, New-Yorkais, Italiens, Anglais, Espagnols, etc. La suite est confidentielle…

 

Lundi 11 avril

Déjeuner à  8h à  l’auberge. Buffet libre. Il y a les céréales typiques des hôtels, de la bonne charcuterie tchèque, du pain, du lait, des yogourts, du thé, du café, des fruits et des Š«ufs au plats. Chacun mange à  sa faim. Pour ma part, je me prépare un Croc Monsieur Tchèque : deux tranches de pain grillées, tartinées avec du beurre, deux tranches de jambon, deux de fromage et un Š«uf au plat.

Nous partons à  la visite du quartier juif de Prague, connu sous le nom de Josefov, ancien ghetto pendant la Seconde Guerre mondiale. Une connaissance de notre prof nous accompagne en tant que guide et nous enseigne beaucoup sur la ville durant les trois jours suivants. On visite quatre synagogues dont la dernière, la synagogue espagnole, est d’une beauté inouïe. Évidemment, il est interdit de prendre des photos ici.

Les ventres commencent à  gargouiller. On réclame à  manger et on nous emmène dans un autre restaurant sous-terrain dans le même style que le dernier. Il y a de nouveau notre fameuse soupe, nommée polevka ; on commence à  s’y faire. Comme plat principal on a le droit à  une viande de… bŠ«uf? avec une sauce foncée, très forte et épicée, accompagnée de knedilky. Les knedilky sont de chouettes éponges jaunes, souvent faites à  base pain. La guide nous prévient qu’elles n’ont absolument aucun goût et qu’il faut, par conséquent, les baigner dans la sauce.

 

L’après-midi, nous visitons la tour astronomique de Prague du haut de laquelle on peut voir l’ensemble de la ville, les collines et les châteaux d’un côté, de l’autre, la cathédrale et les maisons en tuiles rouges. Une fois « libres », on part à  la découverte, avec des amis, d’une pâtisserie qui attire mon attention depuis un moment : le trdlo (imprononçable). C’est une sorte de pâte que les Pragois enroulent en tube autour d’une machine qui tourne pour les faire dorer. Ensuite, ils baignent les trdlo dans du sucre, de la cannelle et des amandes et y ajoute même, selon l’envie, du Nutella à  l’intérieur. Un régal. La suite de l’après-midi passe très vite : on va au marché, on visite un musée de cire médiocre, on fait la sieste à  l’hôtel pour récupérer la nuit précédente et on manger KFC, Kentucky Fried Chicken, fast-food méconnu du marché Suisse Romand (si je ne me trompe pas), probablement à  cause de ses règles d’hygiène.

 

Le soir les profs nous emmènent au théâtre de marionnettes. Les marionnettes sont apparemment une des spécialités de la République Tchèque. Ou des pays slaves. Toujours est-il qu’il y a un magasin de marionnettes à  chaque coin de rue. Bref, on s’installe, dans une salle remplie d’asiatique (on ne sait pas pourquoi) et des haut-parleur nous passe Don Giovanni de Mozart. Les marionnettistes réinventent l’opéra de façon comique avec les vrais personnages en marionnettes. Spectacle très réussit. Cette nuit, on doit rentrer à  minuit et se présenter aux profs, mais le reste est confidentiel…

 

Mardi 12 avril

Tout le monde se réjouit d’aller voir Carmen de Georges Bizet à  l’opéra ce soir. Mais d’abord, p’tit déj et on prend le tram pour aller visiter la Ville-Nouvelle de Prague, qui n’est, en fait, pas si nouvelle que cela. En passant dans les ruelles, on voit une statue de Sigmund Freud accroché en l’air. Pour l’anecdote, c’est L’Homme Suspendu du sculpteur tchèque David Cerny qui ne finira pas de nous surprendre.

 

Beaucoup de monuments magnifiques, monastères, bibliothèques immenses de toute sorte de style, baroque, gothique, mauresque, etc. On visite le Palais Présidentiel et sa Cathédrale Saint-Guy et j’en tire qu’il ne se fait pas ch*** le président. Diner dans un restaurant plutôt chic. Cette fois-ci, c’est poulet et frites, et un bon dessert aux framboises accompagnées d’une crêpe maison. Sans oublier la soupe comme entrée.

 

On redescend, par des ruelles, à  la Vieille-Ville jusqu’au Pont Charles, où il commence à  pleuvoir pour la première fois depuis notre arrivée. Sieste à  l’hôtel et le soir est enfin venu. C’est l’heure d’aller à  l’opéra qui se trouve près de la place Vanceslas. Ici, c’est du sérieux. Personne n’est mal habillé. Voilà  pourquoi Mme Magnin a insisté en vain pour qu’on s’habillent de façon adéquate. Pour les filles, il n’y a pas de problème, c’est les garçons qui embêtent : même M. Pellegrini est en baskettes Geox. Mais certains mettent quand même un costard-cravate. Carmen est sublime mais il faut être habitué à  l’opéra pour ne pas s’endormir au moins cinq minutes. Après, c’est confidentiel…

 

Mercredi/jeudi 13 et 14 avril

Aujourd’hui, visite du musée du communisme. Il fait froid et le vent souffle. Fini le beau temps des premiers jours. On apprend que la République Tchèque a vécu sous un régime communiste mais que ça n’a pas marché. Les idées sont bonnes mais ne marchent pas et tout tourne au vinaigre. Notre guide nous raconte qu’elle a vécu jusqu’à  ses 30 ans sous le régime. En passant dans une galerie on découvre la statue d’un cheval énorme pendu par les pattes à  l’envers et un homme au-dessus. Pour l’anecdote, c’est Le Cheval de David Cerny qui, cette fois-ci, aura fini de nous surprendre.

 

Repas dans un sous-terrain, encore. Soupe, encore. Cette fois-ci je n’en mange que la moitié car je découvre que les bouts de viande c’était de la peau de poulet. Viande avec sauce, épinard et patates. Très bon. On visite ensuite le Musée National qui est, en quelques sorte, l’équivalent du Palais de Rumine pour nous. Il se trouve au bout de la Place Vanceslas, place très importante car c’est là  qu’il y a eu le plus de révoltes contre le communisme. C’est là  aussi qu’il y a une plaquette en hommage à  Jan Palach et à  un autre qui se sont « immolés par le feu » – comme le dirait M. Pellegrini – pour protester contre le régime communiste.

Sieste habituelle à  l’hôtel, car on en a besoin…

 

Le soir, on va voir un spectacle plutôt spécial d’Alice au Pays des Merveilles. C’est une adaptation appelée Aspects of Alice avec des effets d’optique et des jeux de lumière impressionnants. On nous emmène encore dans un restaurant sous-terrain, mais il est moderne cette fois et nous avons le choix pour commander à  manger. Pour ma part, des bonnes pâtes au saumon feront l’affaire. Sans oublier l’ananas à  la cannelle et au miel pour le dessert.

 

Ensuite, feux vert officiel pour une nuit blanche. On va tous en boîte jusqu’à  au moins, cinq heure du matin. Le dernier soir, comme d’habitude il y a des problèmes entre les gens de la classe. Avec Greg, qui sort pour la première fois, nous partons à  l’étage Oldies et on danse sur une piste colorée toute la soirée, essayant en vain d’oublier les autres. On retourne à  l’hôtel vers cinq heure du matin – on passe devant le Kebab qui vend des Pizzas : il est encore ouvert – et on est réveillé trois heures après, pile-poil à  l’heure de ma douche, par les derniers bourrés qui ont vagabondé toute la nuit en ville.

 

Une heure après, petit déjeuner puis, libre jusqu’à  11h30 car on reprend l’avion pour rentrer. Avec Greg on fait un monstre tour en ville pour acheter les derniers souvenirs. Le vent nous achève. J’achète de la vraie cannelle dans un magasin d’épice, perdu, bien pragois, que j’ai trouvé dans un guide. On rentre, on finit vite de fermer nos valises, je m’achète vite ma dernière pizza chez le vendeur de Kebab alors que tout le monde s’en va prendre le métro.

 

On a une escale à  Zürich (ridicule). Un ami fait un malaise dans l’avion Prague-Zürich. L’hôtesse de l’air fait un appel pour savoir s’il y a un médecin dans l’avion. Affirmatif. Une fois à  Zürich, notre ami va mieux mais la compagnie refuse de le prendre jusqu’à  Genève sans avoir fait un contrôle à  l’hôpital ; l’avion décolle dans trente minutes. Il reste donc avec M. Pellegrini et Greg, et ils rentrerons en train depuis Zürich. On reprend l’avion avec Mme Magnin et elle remarque que les billets de train pour Genève-Lausanne sont restés avec M. Pellegrini. On prend quand même le train…

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