Culture | 25.04.2011

Bahij Hojeij fait tomber la pluie au FIFOG

Texte de Myriam Blal
Que ce soit la Perle Noire d'Abu Dhabi, le prix du meilleur acteur à  Bruxelles ou encore celui du meilleur réalisateur à  Oran, le film de Bahij Hojeij ne laisse aucun festival indifférent!
Scène du film "Que vienne la pluie", source: mplbelgique.wordpress.com Affiche "Here comes the rain"

Après ses récompenses raflées aux quatre coins du monde, « Que vienne la pluie » s’est invité au Festival du Film oriental de Genève au coeur de la section consacrée au cinéma libanais. Bien loin de la poésie sensuelle de « Caramel », Bahij Hojeij nous présente un Liban moins sucré et bien plus amer. Un pays blessé, meurtri par des années de guerre civile et qui pleure encore aujourd’hui des milliers de disparus.

 

En rentrant du travail, Ramez s’était fait enlever, laissant sa femme et ses deux enfants de 5 et 3 ans subitement orphelins. Vingt ans après, il est enfin libéré. Une phrase qui a un goût d’happy-end, mais c’est pourtant la première scène du film. Bien qu’il ait eu la chance de revenir parmi les siens, rien ne permet d’effacer les années d’absence et de détention. Ramez approche de la cinquantaine et est confronté à  un monde totalement différent de celui qu’il a quitté. Sa femme, elle, ne le reconnait plus et malgré ses efforts pour rattraper le temps perdu, les blessures et les manques restent. Ses enfants se sont construits sans lui et ont du mal à  admettre ce retour d’un père détruit, malade et perdu, bien loin de celui qu’ils avaient pu s’imaginer étant enfant. Le retour de Ramez dans cette cellule familiale déjà  fragile en relève d’autant plus les failles.

 

A travers la problématique des disparus de la guerre civile, « Que vienne la pluie » traite également de la famille. Ce cocon tissé de relations complexes et parfois conflictuelles au sein duquel se côtoient deux générations. Ici, les vingt ans d’absence ne creusent que bien plus le gouffre d’incompréhension entre le père et ses enfants. Des aînés marqués par une guerre sanglante dont ils traînent le souvenir et les séquelles, pendant que la jeune génération rêve de changement, d’espoir et d’exil. Un film qui s’inscrit dans le long travail de Bahij Hojeij sur la mémoire. Faut-il arrêter de vivre pour ne pas oublier, regarder vers l’avant en se défaisant d’un passé trop lourd à  porter ou existe-il une autre voie? Telle est la question…

 

En tout les cas, cette fenêtre ouverte sur une réalité du Liban moins douce qu’il n’y paraît est menée par des acteurs pleins de sensibilité et un réalisateur posant un regard bienveillant sur son pays sans pour autant l’enjoliver.