21.03.2011

Les rencontres de Viraj

Texte de Viraj | Photos de Viraj
Viraj et ses bonnes intentions...
Photo: Viraj

On se croirait dans un village perdu en campagne. Et pourtant, nous sommes toujours à  Dili, capitale du Timor oriental. Nous avançons au milieu des bananiers, sur un sentier de terre parsemé de branchages et de bouteilles en plastique. Des chiens galeux et des poulets tenaillés par la faim rôdent autour des habitations qui ressemblent à  des cabanes de fortune. Nous nous dirigeons vers ce qui semble être le magasin du quartier histoire de nous désaltérer et discuter deux mots avec les hommes du coin. En moins de deux, nous sommes encerclés par une bandes de bambins tous plus sales et maigres les uns que les autres qui nous dévisagent avec des yeux exorbités et rigolent en échangeant des commentaires à  notre sujet. L’homme assis à  côté de nous sait quelques mots d’anglais. Nous parlons du carnaval qui a eu lieu le week-end passé et les enfants se mettent à  compter jusqu’à  dix. One, two, three, etc… Puis c’est à  notre tour de faire la démonstration en tetun, langue officielle du pays, créant l’hilarité générale. Notre accent y est probablement pour quelque chose! Une vieille dame vêtue de fripes râpées et délavée, les lèvres et les dents rougeoyantes à  force de mastiquer des graines de bétel, se joint à  notre joyeux comité. Elle se présente, voici Madame Augustina Suarez.

L’excitation des plus jeunes atteint son paroxysme lorsque nous dévoilons l’appareil photo. Ils se pressent les uns contre les autres, se bousculent, prennent la pose, et au moindre « click » ils se ruent sur nous pour admirer le résultat. Leurs éclats de rire attirent d’autres enfants du voisinage. Le même scénario se poursuit. Alors que nous nous apprêtons à  lever le camp, ils réussissent à  nous faire comprendre qu’ils aimeraient un exemplaire des photos. Pouvait-on refuser?

De retour au centre ville, nous faisons développer deux photos en huit exemplaires, un pour chaque petit modèle. Nous retournons donc dans notre banlieue avec le sourire de celui qui s’apprête à  faire un cadeau. Nous nous réjouissons! Le quartier semble bien calme, quelques personnes nous saluent au passage, mais nous n’apercevons aucun des enfants que nous avions photographiés. Et tout à  coup, c’est l’invasion. Une bonne vingtaine de gamins se jettent sur nous en hurlant « photo, photo ». Nous essayons tant bien que mal de les calmer mais sans succès. Dès le moment où nous sortons les clichés, nous perdons complètement le contrôle de la situation. Nous sommes attaqués par une nuée de petits singes enragés de plus en plus nombreux qui tentent de nous arracher les photos, se tirent les cheveux, se frappent.

Dans cette foule hystérique, nous parvenons à  repérer les enfants à  qui nous les avions promises et tentons de les leur donner en main propre. Les bagarres se poursuivent de plus belle. Ceux qui parviennent à  conserver leur photo se moquent de ceux qui n’en ont pas, ces derniers se fâchent et essaient de voler les précieuses images aux premiers, ceux qui se les sont fait volées se mettent à  pleurer, et nous commençons à  perdre notre sang froid. Finalement une femme vient à  notre secours en se frayant un chemin à  coup de paires de gifles. Elle essaie de mettre un peu d’ordre dans cette cohue, nous lâchons au hasard nos derniers exemplaires puisque ça ne sert à  rien de lutter, et quittons le champ de bataille, dégoutés, alors que les combats font rage. Qui disait déjà  que l’enfer était pavé de bonnes intentions?

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