Culture | 21.03.2011

L’art et l’ornement

Texte de Joëlle Misson
Eugène Grasset touche absolument à  tout. Il crée des meubles, des bijoux, des affiches, des illustrations pour livres, des tapisseries, des vitraux, des calendriers, des céramiques ou des estampes décoratives. Il est le dessinateur de la Semeuse à  tout vent, emblème des éditions Larousse et possède son propre alphabet, le caractère Grasset.
Eugène Grasset Inquiétude (dix estampes décoratives n°3), 1897, Chromolithographie, 109x 55.5 cm, Détail, Collection particulière Eugène Grasset, Le Lac Léman en hiver, vers 1905, Pastel, 49x35 cm, Musée Jenisch, Vevey

Eugène Grasset, connu principalement pour son art décoratif, touche pourtant à  une grande quantité de styles et de techniques. Il collabore avec quantité d’artisans et d’entreprises pour la réalisation de bijoux, de meubles, de tapisseries, d’horloges décoratives, ou de panneaux en faïence. Il élabore des caisses de magasin, des rampes d’escaliers ou des grilles de maison qu’il décore de multiples motifs.

 

Grasset est fasciné par la nature, il prône un retour à  l’observation et crée ainsi un bon nombre d’estampes décoratives composées de plantes et de fleurs. Mais il est également un illustrateur renommé. Ses oeuvres font partie des premières à  être reproduites par la technique de la chromotypographie, qui permet la reproduction des images à  faible coût.

 

Plus tard, c’est dans l’affiche que Grasset se fait une réputation. Que ce soit pour le théâtre, le commerce, la librairie ou les expositions d’art, il se démarque par sa maîtrise de la composition et des lettrages. Très influencé par l’art japonais et par ses études sur le vitrail, ses dessins ne laissent pas de place à  l’indéfini. Les traits noirs sont nets et les couleurs, très riches, étalées en aplat, ce qui permet une bonne lisibilité de l’image, ainsi qu’il se doit de le réaliser dans le domaine du vitrail, auquel il collabore également.

 

Il réalise aussi des estampes à  titre privé, aux tirages limités, destinés aux intérieurs bourgeois. La plus réussie dans ce domaine est une série de dix estampes de taille et formats différents présentant toutes des femmes, allégories de noms tels que Jalousie, Inquiétude ou Tentation, où l’éternelle référence à  la pomme est présente.

 

Tout cela ne suffit pourtant pas à  Grasset qui participe également à  la réalisation d’un calendrier gravé sur bois, technique ancienne, reproduit par chromotypographie, technique moderne de la diffusion. La femme ont une part importante dans l’oeuvre de Grasset, bien que celui-ci semblait atteint d’une misogynie maladive. « La femme n’a rien à  donner, si ce n’est son corps », dans cette optique, Grasset traite la femme comme un élément végétal parmi les autres se fondant dans le décor des plantes et du paysage.

 

Mais toute son oeuvre est traversée par une fascination des nuages. Dans la dernière salle de l’exposition, nous découvrons un Grasset aquarelliste paysagiste. Il note tout ce qu’il découvre à  propos des nuages, leurs noms et les formes qui les caractérisent ainsi que leurs mouvements, pour pouvoir mieux les reproduire. Ses paysages dont le 2 tiers est occupé par le ciel nuageux sont sublimes et sans aucun doute, le Palais de Rumine a gardé là , le meilleur pour la fin.

 

 

Eugène Grasset

L’art et l’ornement

Palais de Rumine

Du 18 mars au 13 juin 2011