Politique | 21.03.2011

Doit-on tous les accueillir?

Texte de Stefano Torres
Alors que les crises du monde arabe ne cessent de s'accentuer et que le monde entier se pose des questions sur les aboutissements de ces changements, certains représentants de la Suisse s'inquiètent sur les conséquences que ces révolutions peuvent avoir notre pays.
Ahmed Benani

Le débat Infrarouge du 1er mars, s’intitulant, «Doit-on tous les accueillir?», s’interrogeait sur la question de savoir si, oui ou non, un afflux de réfugiés arabes allait prochainement secouer les frontières de notre pays. Est-ce que ces migrations auront lieu et surtout, comment faire pour les gérer, ce sont les questions qui ont animé le débat de la soirée.

 

Pour Yvan Perrin, représentant de l’UDC pendant le débat, les massacres en Libye auront certainement pour conséquence, une vague d’immigration touchant l’Europe. En effet, l’Égypte et la Tunisie sont en pleine reconstruction de leur pays et ne sont pas en mesure d’accueillir de nouveaux réfugiés. Les immigrants devraient donc monter en Europe. L’une des solutions proposée par Yvan Perrin est d’utiliser l’armée Suisse pour protéger les frontières. Mais quel serait exactement le rôle de l’armée aux frontières? Il n’est d’abord pas clair sur la question. «Pour les fusiller?» plaisante Ada Marra, représentant le PS, n’ayant elle-même pas compris le but de l’opération.

 

Ce qui dérange entre autre dans le titre du débat, c’est le «Doit-on tous les accueillir». Premièrement, malgré les premières immigrations qu’il y a eu au Sud de l’Italie, à  Lampedusa, personne n’est en mesure de dire que des tsunamis de réfugiés vont venir envahir notre petit pays. Ensuite, même si c’était le cas, il est si évident que là  n’est pas la question qu’elle en devient frustrante.

 

Ahmed Benani, politologue se prononçant sur le sujet, est quant à  lui clair sur la question : aucune preuve ne peut nous faire croire un afflux de réfugiés. Il est évident qu’une grande révolution s’opère dans le monde arabe, une révolution qui a pour but de mener à  la démocratie et, par conséquent, aux droits civiques des citoyens arabes. Bien que des massacres aient lieu actuellement en Libye, le but des populations arabes n’est pas de quitter leur pays mais, au contraire, d’y rester. De reconstruire une nation, une vie, une bonne société capable de prendre en compte les intérêts des plus pauvres. Par conséquent, ces changements ne représentent aucune menace pour le reste du monde.

 

De plus, Jean-Philippe Chauzy, porte-parole de l’Organisation Internationale pour les Migrations, a été présent sur le terrain et est conscient du fait qu’il est très peu probable de s’attendre à  des réfugiés, et encore moins à  des réfugiés économiques. La raison est simple : […] ce sont des gens qui crèvent la faim, qui n’ont certainement pas les moyens «[…] de payer 1000 à  1500 Euro pour aller vers les pays de la rive Nord de la Méditerranée.»

 

Quant aux réfugiés politiques qui viendraient en Suisse pour éviter de se faire massacrer – si cela devait arriver – est-ce que l’on peut vraiment se poser la question de les accueillir ou non? N’est-il pas évident pour un pays connu – outre pour son chocolat et ses montres – pour ses aides humanitaires, qu’il a le devoir d’accueillir toute personne en danger de vie, au risque de devoir se serrer la ceinture? Les plus conservateurs ne voulant risquer la culture et les traditions suisses, ne doivent pas oublier que le sauvetage et l’humanitaire constitue l’un des piliers culturels de la Suisse. Et même si nous n’étions pas spécialistes sur le sujet, pouvons-nous regarder un massacre et simplement croiser les bras? Ou fermer les yeux?

 

Benani, se prononce également sur le fait d’avoir gelé l’argent des dictateurs arabes se trouvant dans les banques suisses. Ce sont des montants énormes, dépassant les milliards et pouvant nourrir le monde arabe dans son intégralité pendant quatre ans, qui se trouvent en Suisse. Pour lui, il est évident que cet argent ne nous appartient pas et que, en voyant les tentatives de révolutions, il faudrait, au lieu de geler ces avoirs, les distribuer dans les pays en révolte pour aider les habitants à  poursuivre leur chemin vers la démocratisation et la liberté.

 

Pendant le reste du débat, peu d’arguments sont à  la faveur des opinions d’Yvan Perrin. Il en arrive à  trouver les buts – premièrement incompris – de la mobilisation de l’armée. En gros il explique que si nous ne nous préparons pas, on ne reprochera de ne pas avoir été assez efficace et de ne pas accueillir dignement les personnes qui sont en danger.

 

La menace est-elle vraiment présente ou ne s’agit-il pas simplement d’une nouvelle tentative pour répandre la peur de l’étranger au sein de la population Suisse? Benani n’hésite pas : ces préoccupations sont totalement en dehors de la réalité.